Recherches relatives à la toponymie des lieux d’Hillion


Un examen rapide des noms de lieux de la commune de Hillion révèle des influences multiples, dues à un riche passé dont les principaux évènements sont présentés dans la rubrique « Activités », répartis en trois parties distinctes, qui permettent une mise en perspective.

Comme il est écrit dans la 1e Partie de l’Histoire de Hillion, la migration bretonne de la fin du IVe siècle au milieu du Ve siècle a conduit des clans gallois à venir s’installer dans le nord de l’Armorique, notamment dans la région de l’embouchure du Gouët et à Hillion.

Au IXe siècle, les vikings effectuent de nombreux raids en Bretagne, notamment dans le dans la région de saint Brieuc et dans le Penthièvre. Des établissements stables sont créés, et Hillion sera sous domination viking pendant plusieurs décennies.

Les noms de lieux de Hillion ont été créés à partir de diverses origines : gauloise, romaines (latines), bretonnes, vikings et françaises. La toponymie d’un lieu peut résulter d’une influence linguistique ou de plusieurs. Plusieurs hypothèses sont parfois possibles, car il est parfois délicat de retrouver les sources eu égard aux nombreuses déformations et altérations au fil du temps.


L’émigration bretonne en ArmoriqueL’émigration bretonne en Armorique

Les raids et implantations vikings en BretagneLes raids et implantations vikings en Bretagne


Les recherches effectuées par l’association sont encore très embryonnaires. Il est seulement présenté ci-après une esquisse de ce qui est à peine entamé. Les recherches sont effectuées en examinant l’évolution des noms de lieux sur les plans et cadastres anciens

  • ● Cartes du service hydrographique de la marine éditées entre 1771 et 1785
  • ● Plans terriers du Duché de Penthièvre de 1785/1787
  • ● Cadastre de 1812 dit « napoléonien »
  • ● Cadastre de 1847
  • ● Cadastre de 1959

 Extrait du Plan Terrier du duché de Penthièvre – 1787 _ LermotExtrait du Plan Terrier du duché de Penthièvre – 1787 _ Lermot Extrait du plan d’assemblage du cadastre de 1812Extrait du plan d’assemblage du cadastre de 1812


A partir de ces noms de lieux, les recherches seront effectuées à partir des connaissances des adhérents (certains sont bretonnants, d’autre d’origine normande) et des ouvrages spécialisés traitant de toponymie applicable à la Bretagne, et si possible, déjà dédiés aux noms de lieux de la commune. La recherche de l’étymologie des noms de lieux est une tâche complexe, sujette souvent à des interprétations plus ou moins fondées. 

A titre d’exemple, citons le travail effectué par l’abbé Martin concernant la toponymie des noms de lieux et la micro-toponymie des noms de parcelles de la commune de Hillion. Cet érudit bretonnant s’est quelque peu laissé entraîner par son souci de vouloir démontrer que la majeure partie des noms de la commune sont d’origine bretonne, et même galloise. A vouloir trop démontrer avec un a priori, il se discrédite un peu. Cependant, ses travaux sont intéressants et seront examinés avec un esprit critique.


Extrait de l’ouvrage sur la toponymie des noms de lieux à Hillion par l’abbé MartinExtrait de l’ouvrage sur la toponymie des noms de lieux à Hillion par l’abbé Martin


Les premiers travaux de l’association ont porté sur le nord de la presqu’île (Lermot, Carberon…). Ils montrent, sans surprise, une évolution sensible de la toponymie due à des erreurs de copie, de transcriptions. 

A titre d’exemple, on trouve à Hillion :

- de nombreux noms de lieux commençant par « car », variante de « kaër » en vieux breton, ayant évolué en « ker » et « car » = « village » (exemples : Carbien, Carmoen, Carberon, Carmin…etc)
- des noms de hameaux commençant par Ville, qui ont une probable origine latine, de villa = « domaine rural » (exemples : ville David, ville Cario, ville Pépin..)

Parmi les recherches d’étymologie, on peut citer :

- Pointe du Grouin : de guer wen (breton)= « village de Gwen » ou « village blanc » ou de grunn (viking / normand) = « hauts fonds » ?
- Lermot : Larmor (breton) sur le cadastre de 1812 = « la mer » ou du viking « l’herm » = « terre inculte » et « hop » = « crique » ?
- Carberon : du breton « car » = « village », et de « be » = « tombe » et de « ron » = « Ronan » ?
- Le clos cotte : du viking « kot » = « cabane, hutte de chasse ou de pêche » ?
- Le Houlet : du viking hol = « creux dans la terre ». Houlet = « brêche, ouverture » en patois normand ?
- Licellion : du breton lis = « cour » et de « Helyon » (nom gallois, voir le livre de Pierre Hillion sur l’origine du nom) ?
- Saint René : appelé à l’origine Saint Ronan (moine irlandais ayant résidé en ce lieu au VIe siècle), nom francisé au XVIe siècle en saint René
- Bonabri : de la déformation du viking « brevy », venant de « breid »= « large » et de « vik » = « baie » ?

Hillion, quelles origines ?


Bien évidemment, c’est le toponyme Hillion qui suscite le plus d’intérêt. Quel peut en être l’origine ? Depuis des décennies, des tentatives d’explication ont été faites, l’une farfelue et sans fondement voudrait faire un lien entre Hillion et l’antique Illion….
Plus sérieusement, la plupart des auteurs donnent une origine galloise au nom de Hillion, en s’appuyant sur la migration bretonne. Certains imaginent le nom d’un moine, d’autres d’un chef de clan, sans aucun argument à l’appui.

Dans son ouvrage très érudit sur la recherche de la toponymie des noms de lieux en France, Corentin Tranois estime que le mot « ill » utilisé par les gaulois ou les celtes était fréquemment rattaché aux cours d’eau. Et il cite Hillion comme ayant cette étymologie, en raison de la présence de la baie d’Yffiniac

Plus récemment, Pierre Hillion dans son livre « Bretons de la bataille d’Hastings – Hillion, une famille, un village » (publié en 2015), rattache également le nom de Hillion à une origine galloise. Selon ses recherches, Hilion signifie en gallois « les descendants », « ceux de la même race » (dans le sens de groupe ethnique), marquant le territoire des premiers migrants. Selon Arthur de la Borderie, un certain Wrdisten, abbé de l’abbaye de Landévennec écrivait au IXe siècle : « Notre race (la race qui occupait alors la

Bretagne continentale) tire son origine de l’île de Bretagne. Elle est la fille, la progéniture chérie de la race insulaire ». Selon Pierre Hillion, « en nommant en gallois leur clan et leur nouveau lieu de résidence « Hilion », ils créaient une sorte de carte d’identité orale (…) indiquant à tous, et surtout à ceux qui comprenaient le brittonique et le gallois, qu’ils étaient descendants gallois. Comme il le dit, c’est une hypothèse. Mais après examen des différentes étymologies, celle-ci apparait la plus plausible et découle de plusieurs faits incontestables. »

Nous ne manquerons pas de poursuivre nos recherches.

Ainsi, cette toute première approche fait apparaître la richesse des origines des noms de lieux et la complexité de leur interprétation. Un vaste champ de recherche s’ouvre à l’association !