Le tournant du XXe siècle

Le XXème siècle commence comme a fini le XIXème. Le « poids » des châteaux à Hillion conditionne toujours un certain mode de pensée. La vie religieuse est toujours intense. Mais la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat va faire souffler sur les campagnes un vent de révolution que celle de 1989 avait à peine effleuré.

Quelques données sur la vie de Hillion

Le recensement de 1912 apporte de nombreuses informations sur la vie des habitants au début du siècle.

  Le raout jaune Le raout jaune, dessin de Daniel Girault ("Histoires de la baie" par Guy Le Friec) 

Sur 2304 habitants, 528 se déclarent cultivateurs. Si on y ajoute deux femmes qui se disent cultivatrices, les 128 domestiques agricoles (hommes et femmes) et les 4 journaliers, ce sont 662 personnes qui vivent de l’agriculture : ils sont évidemment majoritaires parmi les adultes actifs, dans cette Bretagne encore très rurale.

  charrue brabant Charrue brabant de la ferme de Carmin

Les autres métiers masculins représentent 164 individus. Les professions rencontrées sont en majorité celles de marin (21), maçon (22), menuisier, et débitant (8).

Les autres professions (toutes moins de 6 personnes) sont douanier, prêtre, berger, garde maritime, cordonnier, boulanger, carrier, maréchal-ferrant, forgeron, cuisinier, ouvrier, tailleurs, employé, jardinier, boucher, instituteur, gendarme, charron, charpentier, tisserand, Buraliste, cocher, valet de chambre, bourrelier, palefrenier, foulonnier, meunier, couvreur et aubergiste.

bourrelier  bourrelier

Une quinzaine de retraités, 3 rentiers, 4 propriétaires complètent ce tableau. Chez les femmes, elles sont à une très grande majorité « ménagères » 737 personnes sont intitulées ainsi.

Mais elles exercent également souvent une autre profession surtout quand elles sont femmes d’agriculteurs, ce qui représente la majorité des cas. Ce qui, si on ajoute toutes les professions liées à l’agriculture, indique, sans surprise, que la majeure partie de la population vit de cette activité.

Les autres métiers rencontrés chez les femmes sont couturière (23) institutrices (10) servantes (16). Sinon on trouve repasseuse, bergère, religieuse, commerçante, tailleur, cuisinière, débitante, lingère, lavandière, aubergiste et factrice. Une quinzaine sont indiquées « sans profession ».

Ces chiffres bruts que l’on trouve dans ce recensement feront l’objet ultérieurement d’une analyse, avec l’apport d’autres documents. Mais d’ores et déjà, la lecture de ces diverses professions dessine une commune très rurale, avec une multiplicité de métiers différents, et la présence de châteaux disposant d’un personnel spécifique : c’est tout un monde bien révolu qui se profile.

  mariage à Hillion en 1922  Mariage à Hillion en 1922

647 enfants (en général de moins de 15 ans) sont recensés (319 garçons et 328 filles) soit 29% mais ce n’est pas exact à 100%, car nombre d’enfants de moins de 16 ans sont déclarés comme cultivateur, domestique ou berger (garçons) et repasseuse, lingère, bergère, voire ménagère (filles).

La répartition par sexe est à l’avantage des femmes Elles sont environ 1200 pour 1100 hommes.

Il y a 283 personnes de plus de 60 ans (soit 12,5%) et qui se répartissent sans surprise entre 122 hommes – le plus âgé a 88 ans, il s’agit de Joseph Cabaret de la Ville Clavet – et 161 femmes, la plus âgée qui a 91 ans est Jeanne Le Corguillé des Grèves.


La vie des paysans à Hillion au début du XXème siècle

Au début du XXème siècle, le nombre de paysans propriétaires de leur terre a considérablement augmenté. Un peu plus à St René qu’à Hillion où l’inféodation aux nobles est encore importante, ce qui constitue depuis 1870 une différence notable entre les deux populations.

Le métayage est une exception. Le bail à terme est fréquent. Ce bail commence en automne, le plus souvent à la Saint-Michel. C’est à cette date qu’on paye le loyer. A Hillion, on rencontre le bail à domaine congéable. L’exploitant est locataire du fonds, le domanier, mais il est propriétaire de tous les édifices et superficies : maison, hangars, four, puits, chemins, talus, barrières et même herbe des prairies. Le bailleur n’est propriétaire que du sol et des arbres. Ce bail est signé pour une longue durée, 28 ans en général. Chacune des deux parties peut donner congé à ce terme, mais en cas le propriétaire foncier doit verser à son domanier le prix intégral de tous les édifices et superficies. Ce type de bail a été d’une grande utilité au point de vue social. Il a permis la mise en valeur des terres incultes. Le travail du laboureur n’est ainsi jamais perdu.

  battages à la Ville Bréhaut 1917  Battage à la Ville Brehaut en 1917

Le paysan de Hillion du début du XXème siècle vit dans une société communautaire. Les rapports entre les domestiques, la famille exploitante et les voisins sont basés sous le signe de l’échange et de la solidarité.

Certains gros travaux comme les défrichements, la fenaison, la moisson, les battages, les grands charrois exigeaient une main d’œuvre nombreuse, et souvent les voisins s’aident pour ces tâches. Par la suite, cela perdurera avec la mise en commun des outils agricoles coûteux.

Contrairement au cultivateur breton du centre, le paysan d’Hillion était favorisé par le sol riche en amendements calcaire tirés de la mer.

La Bretagne a 3,2 millions d’habitants en 1911. Contrairement aux autres provinces, sa population a grandi pendant tout le XIXème siècle. La natalité est élevée. La part des jeunes est considérable : 40% des Bretons ont moins de 20 ans. Les fermes, trop petites pour permettre à tous d’y vivre, alimentent l’exode rural vers les ports et surtout les grandes villes.

 

La polyculture est encore très présente. Des changements apparaissent : les terres cultivées prennent la place des landes incultes, l’élevage porcin est en essor, la culture de la pomme de terre et du froment prend de l’importance. Mais les petites exploitations dominent : 70% des fermes est inférieure à 10 hectares. A Hillion  la taille moyenne des exploitations, si on exclut quelques grosses fermes comme celle de Carmin (chapitre suivant), est de moins de 5 hectares.


Les progrès de l'agriculture : l'évolution des pratiques culturales, la ferme de Carmin

La Ferme de Carmin tenue par la famille Botrel est un excellent exemple du type d’exploitation améliorée de la région bretonne au début du XXème siècle (cf fiche 060140). Elle a fait l’objet d’une monographie complète en 1911 (cffiche 210101).

C’est une ferme d’élevage de vaches laitières et de chevaux de trait. Sur les 55 hectares d’exploitation, les prairies et les plantes fourragères occupent une grande surface. Il reste quelques landes et le sarrasin est encore un peu cultivé.

  battages ferme de Carmin  battages à la ferme de Carmin

  moissons ferme de Carmin  moisson à la ferme de carmin

Des pommiers à cidre sont plantés en ligne sur la moitié de l’exploitation. La ferme trouve des débouchés pour tous ses produits, y compris le cidre, grâce à la route nationale Paris-Brest située à proximité et à la Gare d’Yffiniac toute proche.

La monographie donne le détail des terres. Ainsi l’on sait qu’il y a 11 hectares de prairies pour 38 de terres labourées et 6 de landes. Dans les terres labourées, les betteraves représentent 1,5 ha, les pomme de terre 3,25 ha, les choux et rutabagas près de 3 ha, le blé plus de 10 ha, le sarrasin 3 ha , les autres céréales le reste.

Dans les prairies, c’est surtout le trèfle violet sur 4 ha qui domine, la luzerne couvre 2,5 ha, sans compter des pois, des navets et du trèfle incarnat qui réussissent bien face à l’humidité du climat.

Le document évoque aussi le morcellement des terres, l’assolement et les tonnages de récoltes annuelles.

Pommes de terre 30t, Choux 60t, Rutabagas 42t, Luzerne 7t, Trèfle 6t et les pommes à cidre qui donnent 400 kg par arbre.

pommiers ferme de Carmin   Pommiers à Carmin

Enfin la monographie détaille les bâtiments, le bétail, son alimentation et les soins donnés aux pommiers. Le cidre se vend à l’époque 40 francs la barrique de 220 litres. (cf fiche 130201)

Ce document donne une photographie très circonstanciée de la vie d’une ferme moderne en ce début de XXème siècle, mais elle n’est pas représentative de la plupart des exploitations agricoles.


La construction des châteaux des Aubiers et des Marais

Nouvelles représentations de la bourgeoisie d’affaires

Le XXème siècle commence à peine que deux châteaux de style néo-gothique sont construits à Hillion.

Le premier, le château des Aubiers est érigé en 1883 par l’architecte Jules Mellet, fils de Jacques Mellet qui en a fait les plans en 1877. La propriété des Aubiers appartient à Charles-Sévère de la Noue, ancien Zouave Pontifical, conseiller général du canton sud de Saint-Brieuc, député des Côtes du Nord de 1889 à 1898 et c’est lui qui fait construire le château sans détruire tout à fait l’ancien manoir datant du XVème siècle.

  Manoir des Aubirers Ancien château des Aubiers

Au XVe siècle, le domaine appartenait à la famille Dolo qui a les droits de moyenne justice, de colombier et de moulin à vent. Au XVIIe siècle, le domaine passe, par mariage, aux Visdelou, seigneurs de Bourgueil. Toussaint de La Villéon des Marais l'achète en 1681 et réunit le domaine des Marais à celui des Aubiers. Sa fille le reçoit en dot lors de son mariage avec M. de La Noue de Bogard, conseiller au Parlement de Bretagne. Un de leurs descendants épouse la fille de l'amiral de Villéon et leur fils fait construire de 1877 à 1883 le château actuel, dont la façade porte ses initiales. La grille d'entrée, les écuries et la porterie datent de la même époque. Le château est réalisé sur des plans de style néo-gothique, comme l'indiquent les tourelles, l'escalier monumental et les balustrades ajourées. La chapelle comprend des éléments du XVIIe siècle, mais elle a été en majeure partie reconstruite lors de la construction du château.

Château des Aubiers      Château des Aubiers

Le château est racheté en 1926 par René de Nantois.

  blason des Aubiers  Blason sur l'entrée principale

Le château des Marais, son voisin, est terminé en 1901, par Angélique de Lourmel, petite-fille de Louis Toussaint Sébert, sur l’emplacement d’un ancien château appartenant aux familles de la Villéon (XVe-XVIIIe siècles).

Louis Sébert, négociant et armateur au Légué est un exemple de la bourgeoisie d’affaires et acquéreur de biens nationaux pendant la Révolution. Il est adjoint au Maire de St Brieuc.

  château des Marais  Château des Marais

Les écuries, la ferme et le pigeonnier sont construits en même temps. La chapelle saint Yves et Saint Mathurin, située à l'écart du château sur la rabine des Marais, date du XVIe siècle (analyse stylistique), et a été largement remaniée à la fin du XIXe siècle.

    écuries château des Marais  Ecuries

  pigeonnier du château des Marais  Pigeonnier du château des Marais


Charles de la Noue, député royaliste

Charles-Marie-Adolphe Sévère, vicomte de La Noue (6 mars 1843, Saint-Brieuc - 13 juillet 1908, château des Aubiers), est un homme politique français.

D'une famille de vieille noblesse bretonne qui compte parmi ses ancêtres La Noue Bras de fer, l'ami d'Henri IV, et petit-fils de l'amiral de La Villéon, il s'engagea dans les zouaves pontificaux en 1867, se battit à Mentana, et fit la guerre de 1870 dans la Légion de Charette des « Volontaires de l’Ouest. »

bataille de Montana      Bataille de Mentana

zouave pontifical zouave pontifical 

Licencié en droit, conseiller général du canton de Collinée depuis 1886, vice-président de la Société d'émulation, le vicomte de La Noue fut élu, le 25 novembre 1888, député des Côtes-du-Nord, en remplacement de Bélizal, décédé.

Il était le seul candidat et se présenta comme royaliste, révisionniste des lois constitutionnelles de 1875 et protectionniste.  Il siégea dans la droite royaliste. Charles de La Noüe fut réélu aux élections du 22 septembre 1889 et du 20 août 1893, comme royaliste.

Il était commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand et chevalier de l'ordre de Pie IX.

Il fit construire le Château des Aubiers entre 1877 et 1885.


La loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat

La loi concernant la séparation des Eglises et de l'État1 est une loi adoptée le 9 décembre 1905 à l'initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand, qui prend parti en faveur d’une laïcité sans excès. Elle est avant tout un acte fondateur dans l'affrontement violent qui a opposé deux conceptions sur la place des Eglises dans la société française pendant presque vingt-cinq ans.

  loi1905 Loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat 

Elle remplace le régime du concordat de 1801.

En Bretagne, la querelle des inventaires des biens de l’Eglise fut particulièrement virulente. La Querelle des inventaires est un ensemble de troubles survenus en de multiples régions de France, consécutif à la loi de séparation des Eglises et de l'État de 1905 et au décret du 29 décembre 1905, prévoyant l'inventaire des biens des Eglises, notamment de l'Eglise catholique, afin de préparer la dévolution de ces biens aux associations cultuelles définies dans l'article 4 de la loi. La mise en œuvre de cet inventaire suscita des conflits dans certaines régions de France, essentiellement les régions fortement catholiques

Dans «Le clocher d’Hillion» d’avril 1910, qui est le journal paroissial,  l’hommage funèbre à Henri du Fou évoque cet aspect avec les mots du Vicomte de la Bintinaye :

« Mais au-dessus de toute chose, votre excellent maire plaçait les intérêts de la morale et de la Religion. Ainsi quand arriva l’heure des spoliations sacrilèges, nul ne lutta plus vaillamment pour la défense des droits de l’Eglise, nul ne donna plus généreusement pour conserver aux pères et aux mères de famille leurs droits sacrés sur la conscience et sur l’âme de leurs enfants. » (cf fiche 200101)

  Clocher de Hillion "Le clocher d'Hillion - l'Echo de saint René" - avril 1910


Les jeux et les fêtes

Au début du XXème siècle, les fêtes sont nombreuses en Bretagne, et particulièrement à Hillion. Tout d’abord les fêtes religieuses de pardon où les participants se détendent après la messe avec des jeux de boules ou de quilles. Les jeux de palets sont populaires également.

Mais ce qui caractérise le plus Hillion, ce sont les courses de chevaux. Elles ont lieu bien entendu à Cesson, mais aussi sur la grève de Lermot, où une foule nombreuse est immortalisée par de nombreuses cartes postales.

Jeux à Lermot   Jeux sur la plage de Lermot

  cafes a Lermot  Café Lorant à Lermot (années 1960)

Les spectateurs de ces courses peuvent compter pour se désaltérer de nombreux bistrots dont plusieurs à Lermot : le café Lorant qui possédait un grand jeu de boules et le café Dijon. Ce dernier, mieux placé car plus près de la plage accueillait beaucoup de gens de passage et pouvait héberger quelques vacanciers en période d'été. Ses deux jeux de boules étaient constamment animés car, libres d'accès,  les enfants pouvaient s'y distraire et s'initier en dehors bien sûr des parties d'adultes dont l'enjeu était de faire payer la tournée aux perdants. En été on peut dire qu'il y avait foule. Le cidre était le plus souvent servi à la bolée directement à la tireuse mais il fut bientôt remplacé par le verre de vin souvent de mauvaise qualité et la bière dénommée couramment «un bock». (cf fiche 011216).

  cafe Dijon  Café du haut-des-rues de Lermot (Café Dijon)

auberge Dijon   Auberge de Lermot (Café Dijon)

Mais les fêtes les plus populaires étaient les fêtes de Saint-René organisées chaque année. Il y avait des courses de chevaux, mais aussi des courses cyclistes, voire d’exhibitions de boxe et de sauts périlleux. L’affiche de 1911 fait même mention d’un « concours de fumeurs » !!!

  affiche courses St RenéAffiche courses à pied à Saint René (1911) 

Des athlètes, comme Louis Houeix en 1936, étaient parfois invités. Ces fêtes faisaient concurrence à une fête paroissiale qui avait elle aussi lieu à Saint René. A partir de 1919, de grands bals populaires sont organisés pendant ces fêtes et le Maire donne interdiction aux guinguettes d’en organiser le même jour.

  article Ouest-Eclair 1924  Article Ouest-Eclair 1924

Fête paroissiale 1936Fête paroissiale 1936

Car les guinguettes sont aussi nombreuses et pas seulement à Lermot. Les gens dansent aux Ponts-Neufs au son de la vielle, plus répandue ici que le biniou et la bombarde, puis avec les orchestres musette qui feront florès dans les années 1930.

Les danses bretonnes restent populaires. Elles sont dansées aussi pendant les fêtes sur les grèves. Une contredanse d’Hillion est même célèbre (cf fiche 100608)


La guerre de 14-18

Les années de transformation précédente vont être brusquement arrêtées par le conflit le plus meurtrier de l’histoire. Toute une génération sera sacrifiée et Hillion n’échappera pas au massacre avec plus de 120 « morts pour la France », sans compter les blessés, gazés, mutilés qui devront aussi vivre avec le souvenir d’un immense carnage.

Les poilus en guerre

Hillion, un village dans la guerre

En ce début d'année 1914, les relations diplomatiques entre la France, l'Angleterre, la Russie (la Triple entente) et l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Italie (la Triplice) sont très tendues, mais c'est en juin et juillet, après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier de l’empire Austro-Hongrois que les événements vont s'accélérer. Lorsque le tocsin résonne à Hillion le 1er août 1914, personne n’est réellement surpris par la mobilisation générale mais nul ne se doute du grand bouleversement à venir. De par son ampleur, sa durée et sa barbarie, la guerre 1914-1918 va durement éprouver la France, la Bretagne et Hillion.

mobilisationAffiche de mobilisation générale 

A la veille de ce 1er conflit mondial, Hillion est une commune rurale de 2304 habitants dont le dernier recensement de population de 1912 confirme un déclin démographique entamée depuis plus de 50 ans ; la commune a perdu 33% de sa population entre 1846 et 1936, la première guerre mondiale ne fera qu’accentuer ce déclin par le nombre de décès consécutifs aux combats, le déficit de natalité et l’exode rural.

Durant les 4 années de ce conflit mondial, 451 hillionnais vont être mobilisés dans l’armée française soit 19,5 % de la population communale, chiffre comparable au 20 % de mobilisés au niveau national. C’est 41 % de la population masculine de la commune évaluée à 1100 hommes. Bien sûr cette mobilisation va s’étaler tout au long de la guerre mais les classes les plus jeunes seront appelées de façon anticipée afin de combler les pertes importantes subies par l’armée française. C’est tout de même 225 soldats qui vont quitter leur foyer dès août 1914, une soixantaine les rejoindront de septembre à décembre 1914, puis une cinquantaine en 1915, une quarantaine en 1916, une vingtaine en 1917 et enfin 15 en 1918 ; pour cette dernière classe d’âge, certains n’avaient même pas encore 19 ans.

poilus région de saint Brieuc Poilus de la région de saint Brieuc 

Il suffit de se recueillir sur les 2 monuments aux morts de la commune pour comprendre l’hécatombe de cette guerre. 100 hillionnais résidants vont y laisser la vie, soit près d’un homme mobilisé sur 4, 22 % exactement, chiffre nettement plus élevé que la moyenne nationale qui est admis autour de 16 %. Comment interpréter ces chiffres effroyables pour Hillion ? Certainement pas en réduisant l’explication à des régiments bretons ayant servi de chair à canon comme ça été si souvent avancé, il faut certainement y voir plus surement une population hillionnaise jeune, plutôt incorporée dans des régiments d’active très sollicités en première ligne. La moyenne d’âge du poilu hillionnais décédé pendant le conflit est de 28 ans, preuve du sacrifice d’une génération de jeunes soldats. La plus jeune victime n’avait même pas 19 ans, Elie LE LEY, incorporé dans le 41e régiment d’infanterie et mort d’une tuberculose en 1916, il est inscrit sur le monument aux morts de Saint-René. Autre jeune victime, Louis-Marie SORT de la Ville Jéhan mort de ses blessures à 20 ans dans un hôpital allemand le 10 octobre 1918, 1 mois avant le terme de cette guerre ; la famille SORT avait déjà perdu un fils, Jean-Marie en 1915 et un autre était prisonnier de guerre depuis septembre 1914, tragique destin d’une famille hillionnaise.

départ des soldats pour le front Départ des soldats pour le front 

Les soldats sont bien sûr mobilisés majoritairement dans l’infanterie, 242 hommes au total, arme qui va connaitre les pertes humaines les plus importantes. Pour autant, pour Hillion, des particularismes existent sur l’affectation des soldats, ainsi 52 hommes vont rejoindre la marine, soit près de 12 % des mobilisés, attestant une tradition maritime très forte sur notre territoire. 6 de ses marins ne reviendront jamais chez eux le plus souvent victime de maladies contractées en service.

   fiche matricule Fiche matricule 

La présence de poilus hillionnais dans des régiments d’infanterie très actifs sur le front, à l’image de l’activité du 71e Régiment d’Infanterie de Saint-Brieuc, est également corroborée par le nombre important de prisonniers de guerre. 33 hillionnais ont été recensés comme prisonniers, la plupart ayant été fait prisonnier dès août 1914 lors de la guerre de mouvement. Pour ceux-là, la guerre n’aura duré qu’1 mois mais seront internés plus de 4 ans dans des camps en Allemagne. 2 d’entre eux réussiront cependant à s’évader tel Julien GUINARD du Pont-Harcouët ou Louis GUERNION de la Croix-Petit-Pierre qui regagnera la France en décembre 1915 et qui après une brève convalescence à Hillion rejoindra son unité du Ier régiment d’infanterie colonial. Un autre de ses prisonniers, Joseph PARISE de la Grandville, aura même la malchance d’être fait prisonnier une seconde fois au cours de la guerre 39-40.

74 RIT soldats du 74e RIT 

Des 353 soldats revenus saufs de la guerre, beaucoup ne sortiront pas indemnes de cette hécatombe. 96 d’entre eux ont été blessés, soit près d’un homme sur trois. 135 blessures ont été répertoriées, dont la moitié par éclats d’obus ; certains hommes ont subi plusieurs blessures, tel Pierre VEILLON des Landes qui comme 3 autres hillionnais aura été blessé 3 fois au cours du conflit, ce dernier aura la particularité d’avoir subi 3 types de blessures : éclat d’obus, balle et gaz asphyxiants.

Etienne Cabaret Etienne Cabaret, aumônier militaire mort pour la France 

Les Hillionnais ont participé à toutes les grandes batailles de cette guerre sur le sol français, les batailles de « la Marne », de « la Somme », « du Chemin des Dames », parfois même à l’étranger dans l’armée d’Orient. En cette année 2016, nous commémorons le centenaire de la bataille de Verdun et nous ne pouvions omettre de distinguer le parcours de 8 hillionnais ayant participé à cet enfer. Des 8 soldats présents à Verdun, 4 n’en reviendront pas : Louis-Marie COLLET, Armand LE BRETON, François TUAL et Jean-Louis SOUPLET ; les 4 autres seront blessés dont Jean RENAULT de Saint-René, incorporé dans le 1er Zouave, qui sera touché par un éclat d’obus dès le début de l’offensive allemande le 27 février 1916 à Douaumont. Ironie du destin, il sera également blessé par balle à Craonne lors du 1er jour de l’offensive française du Chemin des Dames le 16 avril 1917.

Le dévouement et le comportement exemplaire de tous ces soldats sont symbolisés par le grand nombre de distinctions reçues par nos poilus, 65 d’entre eux obtiendront une citation et plus de 50 recevront la croix de guerre.

La victoire obtenue sur l’Allemagne en 1918 laissera un goût amer tant les conséquences humaines, sociales et économiques de cette guerre sont immenses. Les réparations exigées par les alliées lors du traité de Versailles en 1919 portent en elle les germes de la seconde guerre mondiale. La « der des ders » ne sera malheureusement pas la dernière guerre pour 14 poilus hillionnais mobilisés une seconde fois lors de la campagne de 1939-1940.

lettre Etienne Cabaret Une des lettres d'Etienne Cabaret 


La vie à Hillion pendant la guerre

L'administration communale a continué à fonctionner pendant toute la durée de la guerre, les maires ayant très souvent, passé l'âge d'être mobilisé, les instituteurs non mobilisés ou les institutrices ont rempli les fonctions de secrétaires de mairies.

A la fin Août le souvenir des absents vient préoccuper les esprits, les rares nouvelles deviennent plus abondantes et parfois se contredisent , les premiers blessés arrivent, malgré l'arrêt de l'avance allemande, la guerre se poursuit avec l'angoisse d'apprendre un malheur.

La vie économique a continué , pendant la durée de la guerre, grâce aux femmes, aux enfants, et aux « vieillards » . La population n' a pas trop souffert de rationnement, ni d'argent avec les pensions et allocations de l’État versées aux veuves et orphelins, et si  l'augmentation du prix des denrées a enrichi les cultivateurs et les commerçants, la dernière année a été plus difficile avec l'arrivée de la grippe.

travaux des femmes Travaux des femmes aux champs 

A l'église, les prêtres ont entretenu le patriotisme par la lecture des lettres pastorales de l'évêque de Saint Brieuc dans lesquelles il exaltait la gloire des soldats et le devoir des civils.

Un autre fait qui a contribué à maintenir le bon esprit et le patriotisme dans la population , à la faire tenir, c'est la lecture des journaux. Les familles lisent beaucoup, surtout le dimanche, les faits de la semaine. Les journaux, tous de tendance modérée, sont écrits dans un très haut sens patriotique. Les plus lus sont: Ouest Eclair de Rennes, Le Petit Parisien, La Croix, Le Moniteur des Côtes du Nord, …..  Il en est résulté  que cette  lecture a puissamment contribué à conserver le moral de la population et que l'instruction générale s'est développée.

propagande Affiche de propagande patriotique 

Pendant toute la durée de la guerre, les enfants ont continué à fréquenter l'école. Pendant les hivers rigoureux de 1914 et 1915, les femmes  et les élèves ont confectionné des vêtements chauds pour les soldats.

Le 11 novembre 1918, le grand soulagement, dès la connaissance de la signature de l 'armistice les cloches sonnent, les enfants chantent des chants patriotiques.


Les conséquences de la guerre

Dans ce conflit, 101 Hillionnais sont MORTS POUR LA FRANCE,  126 noms figurent sur les monuments aux morts d'Hillion et de Saint René (résidents ou natifs d'Hillion )  auxquels devraient s'ajouter des oubliés, au total 153 noms pourraient y être inscrits.

  mort pour la France Fiche d'un poilu "Mort pour la France" _ source "Mémoire des Hommes" 

A la fin de cette terrible guerre la France est victorieuse mais épuisée. Ce conflit aura endeuillé de nombreuses familles, laissé des veuves, des orphelins, des blessés «  les gueules cassées », des traumatisés à vie.


Les monuments aux morts

Pour rendre hommage aux soldats morts pour la France, l’Etat encourage dès 1919 la construction de monuments aux morts. Il promulgue plusieurs lois qui en définissent le cadre. Toutes les communes décident d’ériger de tels monuments. Pour les financer, l’Etat octroie des subventions qui sont fonction du nombre de soldats morts et du chiffre de la population. Ces subventions de l’Etat sont généralement insuffisantes, de nombreuses communes aux revenus souvent modestes, sont dans l’incapacité, même en y ajoutant des subventions communales, de financer leur monument aux morts. Des appels à souscription sont lancés auprès de la population qui y répond avec ferveur, ainsi que de généreux donateurs.

La conception des monuments est laissée à l’appréciation des communes. En 1920, la municipalité de Hillion, désormais tenue par les radicaux-socialistes vote la création d’un monument aux morts à Hillion. Elle désire un monument neutre et laïc. Le recteur refuse de le bénir s’il n’y a pas une croix. On tergiverse et finalement, il est accepté une petite croix sur le sommet. (cf Fiche 010902)

plan monument aux morts HillionPlan d'implantation du monument aux morts du bourg de Hillion 

Aucune directive ne fixe les règles d'inscription des noms sur les monuments. Les municipalités fixent leur choix et optent, très souvent pour l'inscription des natifs et des résidents de la commune

Toutefois, on peut constater de nombreuses exceptions, des noms apparaissent de soldats n'ayant plus de lien avec la commune ou celle-ci n'étant que le lieu de résidence des parents. Pour la commune de Hillion, qu’il s’agisse du monument aux morts du bourg de Hillion ou de celui de Saint René, l’association « Histoire et Patrimoine de Hillion » a réalisé un important travail de recherches, avec croisement de diverses sources, qui a permis de clarifier cette question.

 

Sur le monument aux morts du bourg de Hillion sont inscrits 85 noms, qui se répartissent de la façon suivante :

  • 66 résidants dans la commune
  • 16 non résidants (originaires ou non de la commune)
  • 3 d'origine inconnue

  monument aux morts bourg Hillion  Monument aux morts du bourg de Hillion  (1925)

 

41 noms apparaissent sur le monument aux morts de Saint René :

  • 33 résidants dans la commune
  • 6 non résidants
  • 2 d'origine inconnue

 

En outre, l'étude des 706 fiches matricules des soldats recensés (originaires de Hillionnais ou résidants dans la commune)montre que 2 Hillionnais morts pour la France, résidants dans la commune, ne sont pas inscrits, et que 25 autres poilus morts pour la France, nés à Hillion, mais n’y résidant plus lors de la guerre, ne sont inscrits ni sur les monuments aux morts de la commune ni sur ceux d’une autre commune.

Les deux soldats résidants à Hillion avant la guerre, non inscrits, sont :

  • Jean-François HERVE, mort le 21 octobre 1915 à Villiers Marmory (51)
  • Pierre-Marie FEURGAT, mort le 24 février 1915 à l’hôpital de Cherbourg (50), marin, non déclaré mort pour la France

 

A Saint René, le projet initial prévoyait l'apposition d'une plaque de marbre dans l'église Saint Ronan. Compte tenu du montant des fonds collectés (souscription publique, subvention municipale et subvention préfectorale), qui dépassa les prévisions, il fut décidé d'érigé un monument aux morts.(cf fiche 010901)

 

Budget monument aux morts St René Subvention communale et souscription pour une plaque commémorative à Saint René

 


L'entre-deux guerres

La guerre de 14-18 aura fait une autre victime : le pouvoir nobiliaire. Après cinquante ans de municipalité tenue par les aristocrates des châteaux, le radical-socialisme triomphe et restera aux affaires municipales pendant soixante ans. Les transports, l’agriculture, les infrastructures se modernisent et conduisent inexorablement Hillion vers le monde moderne. Les changements politiques en France en 1936 font aussi découvrir que Hillion est une commune de bord de mer qui a des atouts pour un tourisme populaire naissant.

Les changements politiques de 1920

Les 50 ans de pouvoir de la famille Du Fou de Kerdaniel à la mairie de Hillion commencent à trouver après le conflit de 14-18 des opposants motivés.

Les Républicains sont en force pour les premières élections après la guerre en 1919. Et c’est un maire radical-socialiste, Olivier Provost, qui sera élu.

affiche avis aux électeurs 1919  Avis aux électeurs - 1919

C’est un changement radical à Hillion où, depuis plus d’un siècle, le pouvoir municipal est soumis au pouvoir nobiliaire. Et ce dernier est très lié au clergé encore traumatisé par la loi de 1905.

affiche élections saint René Avis aux électeurs de saint René 

A partir de cette date et sans interruption jusqu’en 1989, la commune sera de gauche et adoptera un comportement laïque.(cf fiche 200302)

   


La scolarité

Au début du siècle les écoles encore embryonnaires se développent. L’école publique pour les garçons datant de 1861, seulement laïcisée en 1897, est peu fréquentée. Après les lois de 1905, le préfet demande à la commune d’Hillion de créer une école publique pour les filles. Le Maire (en 1906, Henri du Fou) ne la juge pas utile et il fera trainer les travaux de construction de cette école (devenu Centre de loisirs rue de la Granville avant transfert de celui-ci dans les locaux de l’école maternelle en 2015) en attendant de finir la construction de l’école libre des filles rue des Jardins (actuellement médiathèque) puisque les sœurs n’ont plus l’autorisation de faire classe dans les locaux de la communauté.

Avec l’avènement de la gauche à la municipalité, les équilibres entre les deux écoles privées et publiques (quatre, en fait, car il faut compter Saint René) vont se trouver.

La guerre des écoles sera à son apogée, et les enfants des deux groupes ne manquent pas de marquer les différences idéologiques de leurs parents dans leurs jeux. (cf fiches 010402, 010411, 010412, 010413,

  classe 1922 Classe de l'école Sainte Jeanne d'Arc en 1922 


La première mairie

La construction d'une première mairie sera aussi un pied de nez de la municipalité au recteur (curé) en 1926 quand le Conseil municipal décidera de cette construction.

travaux mairie travaux à la mairie 

Elle sera située en face de l’église Saint Jean Baptiste, et pour ce faire, on détruira l’allée d’arbres qui menait au presbytère. (cf fiche 010403)

  mairie en 1930 Mairie en 1930 

Le conflit entre le Maire et le Recteur ne s’arrêtera pas là : la construction du monument aux morts, la police des cimetières et la vente de l’ancienne maison d’école, désormais propriété de la mairie, provoqueront un tollé de la part des autorités religieuses et du Conseil de Fabrique, allant jusqu’à vouloir l’excommunication des membres du conseil municipal ayant voté cette vente.

Après l’inauguration de la mairie, le Maire décide de célébrer les mariages à 10 h en mairie, le Recteur prend les mêmes dispositions et fait voler les cloches de l’église rendant inaudibles les discours en mairie.

Il faudra attendre quelques années pour que les esprits s’apaisent.


Georges Palante à Hillion

Homme du Nord, où il est né en 1862, il a adopté la Bretagne et Hillion en particulier. Il a donné son nom à une rue de la Granville et à un espace culturel et polyvalent qui a remplacé en 2012 l'ancien foyer rural à Hillion.

 Philosophe et professeur agrégé, il a enseigné la philosophie de 1898 à 1925 au lycée de Saint Brieuc où il a rencontré en 1916 Louis Guilloux, son élève et ami qui l'a immortalisé sous les traits de Cripure dans son roman « le sang noir » en raison de sa dégaine particulière due à une maladie dégénérative.

Georges Palante Georges Palante 

Georges Palante connu pour son refus des idéologies socio-politiques a écrit des œuvres philosophiques comme « combat pour l'individu » (1904), « la sensibilité individualiste » (1909) « Pessimisme et individualisme » (1914). L'échec de son mariage (1890), sa thèse refusée en Sorbonne (1911) en ont fait un personnage singulier à la sensibilité très vive. (fiches 011201 et 210153)

  maison G. Palante Maison de Georges Palante à la Grandville 

Il avait fait construire sa maison de vacances à la Granville en 1907 et était aimé des hillionnais. Sa querelle avec Jules de Gaultier à propos du bovarysme en 1923 est peut-être à l'origine de son suicide en août 1925 à Hillion où il est inhumé.


La pêche à Lermot

La baie de Morieux et l´anse d´Yffiniac, les deux racines du fond de la baie de Saint-Brieuc furent très poissonneuses. En effet, celles-ci, très larges et de faible profondeur sont très propices à la reproduction de certaines espèces de poissons. Par ailleurs, la grande abondance du plancton, dès le mois de mai (appelé « pouillot » sur la rive droite de la baie et « pouillin » sur la rive gauche) constitue une source de nourriture pour le poisson, formant la base de la chaîne alimentaire. Il faut aussi noter que ce « pouillot » ramassé dans le flot à l´aide d´un havenet aux mailles très fines, poussé entre deux eaux, servait de boëtte, d´affare pour attirer le poisson (mulet, bar, maquereau, chinchard, éperlan), dans le fond d´une crique ou en pleine mer.

La proximité de la filière et des eaux saumâtres favorisait la prise de saumons, de mulets, d´anguilles, de fontes (flets), remontant dans l´estuaire. A ce titre, plusieurs pêcheries fluviales furent établies sur le Gouessant et le Gouët. Dans les dernières décennies, une pêche traditionnelle au « carrelet » existait encore sur le Gouessant, au niveau de la vallée de Crémur (Hillion).

  maison de pêcheur à Lermot Maison de pêcheur à Lermot 

A Hillion, le village de Lermot était déjà important sous l´Ancien Régime et y comptait nombre de pêcheurs. Les Hillionnais étaient spécialistes de la pêche au mulet sur les côtes jusqu´au Cap Fréhel, pratiquée par amorce avec le « pouillot », récolté dans les grèves. Un fameux pêcheur surnommé « Jésus » (1) du village de Lermot, pratiquait cette pêche il y a un demi-siècle, technique toujours en vigueur de nos jours, mais plus guère pratiquée. Les autres hameaux de la Grandville et de Carieux abritaient quelques-uns de ces pêcheurs à pied.

  "Jésus" sur un rocher  "Jésus" sur le ouiclos à la Pointe des Guettes en 1946

Certains pêcheurs, les plus chevronnés, ont en effet laissé des traces de leur passage. C’est ainsi qu’il existait du côté de Binic et d’Erquy : la roche à Frostin, la roche à Dijon, la roche  à Jésus. Celui-ci pratiquait assidûment cette pêche aux mulets et certains  estivants « les parisiens »  de passage à Lermot depuis les congés payés de 1936, considéraient cette pêche comme attractive et venaient occasionnellement l‘accompagner. Cependant, ce genre de pêche nécessitait d’être le plus souvent seul car le mulet est un poisson très méfiant à l’approche des rochers.

  Jésus en 1936 "Jésus" en 1936 

Certains pêcheurs et c’est un lieu commun aimaient se vanter d’avoir pris le plus gros poisson ou fait la plus grosse pêche. Ce n’était pas le comportement de Jésus lequel avait plutôt tendance à minimiser. « Ca n’a rien donné aujourd’hui disait-il! ». On comprend cette attitude car poisson ou pas il était tous les jours présents à la roche contrairement aux autres pêcheurs qui avaient d’autres occupations à la terre. Mais le jour où la rumeur circulait dans le village de Lermot: « Jésus a pris des mulets !» alors c’était la ruée le lendemain. Tout le monde venait à la rescousse, mais le résultat n’en était pas garanti pour autant.

    pêche au pouillot   La pêche au pouillot

 Le plancton « pouillot ou pouillin », constituait le meilleur appât pour les mulets. Il se pêchait au bas de l’eau avec un havenet muni d’une toile très fine. Toutefois, il présentait l’inconvénient de ne pouvoir se conserver au-delà de 24 heures. Quelques heures après être sorti de l’eau il dégageait déjà une odeur fort désagréable. Il n’y avait aucune possibilité de stockage, les congélateurs n’existaient pas en ce temps-là. Certaines années il devenait si rare qu’après avoir « havenetté » pendant deux ou trois heures il fallait se contenter de l’équivalent d’une bolée. Ce n’était malheureusement pas suffisant pour affarer toute une marée..

  roches aux mulets Carte des roches à mulets 


L'arrivée du chemin de fer à Hillion

Créée entre 1924 et 1925, la ligne de chemin de fer d'Yffiniac à Matignon, avec ses 51,5 km, était la plus longue du réseau secondaire des Côtes-du-Nord.

  reseau chemin de fer Réseau du chemin de fer des Côtes du Nord 

Elle passait par Yffiniac, Hillion, (Les Aubiers, Les Quilles, Fortville, Licantois, les Ponts Neufs), Morieux, Planguenoual, Saint-Alban, Dahouët, le Val-André, Pléneuf, Saint-Pabu, Caroual, Erquy, les Hôpitaux, Plurien, Sables-d'Or-les-Pins, le Pont-Bourdais, Pléhérel, Plévenon, Port-à-la-Duc, Pléboule, Hénanbihen et Matignon.

Concurrencée par le développement de l’automobile, elle cessa de fonctionner à la fin de l’année 1948, et fut déclassée en décembre 1949.

Elle comptait de nombreux ouvrages d’art dont le viaduc des Ponts-Neufs à Hillion qui a la particularité d’être en courbe (cf fiche 010501).

  viaduc des Ponts Neufs Viaduc des Ponts Neufs 

Ce dernier est, comme la plupart des ponts et viaducs du Chemin de Fer départemental, l’œuvre de l’ingénieur en chef Harel de la Noé, célèbre pour ses innovations constructives.

Sur la commune de Hillion, il reste d’autres traces de cette ligne comme la gare des Quilles, transformée en maison d’habitation (fiche 010410), la route rectiligne qui traverse Hillion du sud-ouest au nord-est, transformée à son extrémité Est en vélo-route, pour arriver au viaduc des Ponts Neufs, et qu’on nomme précisément « la ligne » (fiche 011107)


L'électrification de la commune : l'usine hydroélectrique de Pont Rolland

Dès 1923, le Conseil Municipal d’Hillion pense à l’électrification de la commune. Au début, le projet est de relier les deux bourgs au réseau existant, mais en 1931, il ajourne cette décision en raison du coût élevé et attend que l’usine hydro-électrique de Pont Rolland soit mise en service.

En 1932, la société Le Bon et Cie projette la construction d'une usine électrique avec barrage sur la rivière du Gouessant. Ce barrage en béton armé, de type voûte unique, prend appui sur les rives rocheuses de la commune de Morieux en rive droite, de Hillion en rive gauche. Il est mis en eau en 1935. (fiche 040201). L'usine hydro-électrique et ses ouvrages annexes sont construits sur la commune de Hillion, en aval du Pont Rolland. En amont, trois moulins sont noyés, tandis que la création de la retenue d'eau prive le moulin Rolland, mentionné dès 1477, de l'énergie nécessaire à son fonctionnement. (cf Fiche 040201)

  barrage de Pont Rolland Barrage de Pont Rolland 

L'usine comprend une salle de machines équipée de deux alternateurs d’une puissance totale de 2 700 kilowatts. Un atelier, un logement et des dépendances nécessaires sont annexés à ce bâtiment, de style néo-breton. (cf fiche040301).

  usine hydro électrique usine hydro-électrique de Pont Rolland 

L’électrification de la commune de Hillion commence en 1936 après la construction du barrage et de l’usine. La majeure partie de la commune est desservie par un réseau électrique, mais comme dans toute innovation, il y a des réfractaires et aussi quelques cas imprévus.

Sur la commune, plusieurs secteurs situés à l’écart refusent leur raccordement pour diverses raisons. Les habitants de ces secteurs ont le temps de réfléchir à leur erreur passée pendant la guerre de 1939-1945 : les bougies sont introuvables et le pétrole lampant est délivré au compte-gouttes…

Tous les foyers de la commune sont raccordés en 1951.


Le tourisme naissant et les bains de mer

Au XIXe siècle, le tourisme balnéaire, création anglaise, se développe sur le continent à partir des stations belges hollandaises et allemandes puis en France à Dieppe, pendant de Brighton en Angleterre. La vogue des « bains de mer » se développe ensuite en suivant les côtes de la Manche. Ces stations sont très différentes de celles de la Méditerranée, fréquentées l’hiver par une clientèle qui cherche essentiellement la douceur du climat et ne pense pas encore à se baigner dans la Méditerranée. Il faudra attendre le XX° siècle.

  plage Lermot Plage de Lermot  

Boulogne et Dieppe sont les plus anciennes stations françaises, mais dès les années 1820-1830, elles sont concurrencées par les stations d’Etretat, Arcachon, Granville, Les Sables-d’Olonne, Royan, Pornic puis rapidement entre 1830 et 1848, Saint –Malo-Saint-Servan, Le Croisic, Biarritz, Trouville… A partir de 1850, les créations sont si nombreuses qu’il devient difficile de les repérer. C’est le développement du chemin de fer qui contribue fortement à cette migration saisonnière des personnes aisées.

hotel saint Nicolas 1905   Hôtel "A Saint Nicolas" en 1905 Hôtel saint Nicolas 1935 Hôtel "A Saint Nicolas" en 1935 

Dès 1900, des vacanciers « régionaux », mais aussi des Parisiens viennent à Hillion, comme en témoigne l’évolution de ces deux photos de l’hôtel Saint Nicolas en 1905 et à la fin des années 30. Les « congés payés » sont passés par là, même s’ils restent minoritaires dans la commune. (cf fiche 011205).

  auto Jean Frostin et les vacanciers Jean Frostin promenant les vacanciers 

L’arrivée du chemin de fer attirait des parisiens et le propriétaire de l’hôtel Saint Nicolas, Jean Frostin, qui possédait une automobile, allait chercher les clients à la gare et leur proposait des excursions.

Hillion ne se fait pas remarquer de façon particulière mais la population profite rapidement des possibilités d’arrondir les fins de mois en proposant aux « estivants » des locations saisonnières. En particulier, nous savons que dès 1924-25 il y avait des « baigneurs » en location dans la cour de la Salle Verte.La population locale adopte les nouveaux usages, en fréquentant les plages, notamment celle de Lermot. Dans le village du même nom, deux cafés accueillent une clientèle assidue et quelques touristes dans des chambres. (cf 011216)

Plusieurs villas sont construites au début du XXème siècle pour les bourgeois fortunés de Rennes et de la région. Ainsi « la Bruyère » (cf 011206) à Fonteneau ou « Ker Anna » dans le bourg, et la maison des frères Goeury qui étaient magistrats à Rennes à l’Etoile, qui deviendra une colonie de vacances de la ville de Merdrignac avant de se transformer en 1986 en Maison de découverte de l’estran : La Maison de la Baie.

  villa La Bruyère à Fonteneau Villa "La Bruyère" à Fonteneau 

Après la guerre, les locations saisonnières vont se multiplier au point que la mairie proposera un service de publication des meublés.

Dans les années 50 à 70, les plages d’Hillion connaitront un réel engouement, avant de péricliter dans les années 80 à cause des invasions d’algues vertes.

plage de Bonabry     Plage de Bonabry dans les années 60


La guerre de 39-45

Hillion est une commune du littoral duquel, de tout temps, les habitants et militaires ont cherché à observer les menaces venant de la mer. Dès la défaite française et l’invasion allemande, ces derniers auront pour souci de protéger les côtes, afin d’empêcher un débarquement allié. L’ensemble du littoral sera couvert de blockhaus et de défenses minées. La présence des occupants sera particulièrement importante dans la commune.

Le début de la guerre : mobilisation, combats, prisonniers….

La déclaration de guerre en 1939 se traduit dans le département par la mobilisation de 60 000 hommes. Puis par l'arrivée des réfugiés (300 000 venus de Belgique, du Luxembourg, du Nord et de l'Est de la France). Arrivent la bataille de France et la débâcle en mai 1940. 27 000 soldats costarmoricains (18 % de la population active) vont tomber aux mains des Allemands.

   morts guerre 39-45   Soldats inscrits sur le monument aux morts

lettre du maire demandant du personnel Lettre du maire de Hillion réclamant du personnel en raison de l'afflux de réfugiés


La présence allemande à Hillion et la résistance

« Les Allemands sont arrivés à Hillion le 9 septembre 1940. Leur arrivée se limite au seul souvenir d'une fanfare jouant près des jeux de boules dans la cour du café Le Mounier (Dijon). Trois ou quatre enfants de Lermot étaient là bien sûr en s'approchant au plus près car une telle musique, c'était un événement. Derrière il y avait quelques badauds venus eux aussi pour écouter et surtout pour voir ces occupants. A la fin du concert il n'y eut pas d’applaudissements. J'entends encore certaines réflexions comme:« Eh bien, ils ne sont pas si méchants que ça les boches!». Les habitants du village semblaient rassurés. La troupe réquisitionna certaines maisons généralement inoccupées principalement des résidences secondaires comme les villas Thébault, Renault, Beau Site et Villa Gaby, etc...il fallait bien loger tous ces soldats. Je ne les vis pas arriver, je devais être à l'école. » Témoignage de François Boulaire.

soldats allemands dans le bourg  Soldats allemands dans le bourg en 1942

A Hillion, l’état-major loge dans la grande maison Le Mounier, rue de l’Hôtellerie, mais il y a aussi des allemands au Château des Aubiers et dans de nombreux endroits de la commune (inventaire en cours).

Certes la France avait capitulé mais la guerre n' était pas finie. Les allemands commençaient à préparer l'invasion de l'Angleterre. Dans ce cadre-là ils avaient réquisitionné des barriques de cidre vides pour fabriquer un grand radeau au Bec des Landes à Trégot.

L'attitude relativement paisible des premiers soldats allemands ne dura pas bien longtemps. Dans les grandes villes ils furent vite confrontés à l'hostilité des populations et aussi à quelques actes isolés de résistance. Ces événements se firent sentir jusque dans nos campagnes et leur comportement changea dès la fin 1940. Tout acte de violence ou d'hostilité pouvait entraîner une condamnation à mort.

« En 1943, des travaux de fortifications furent entrepris sur toute la côte (blockhaus, emplacements pour canons et mitrailleuses etc..) dirigés par des membres de l'organisation Todt reconnaissables à leur brassard. Beaucoup d'hommes étaient réquisitionnés venant de très loin. Des charrettes, quelques camions dont celui de Louis Hamon à gazogène, transportaient du ciment, du gravier venant d'Erquy vers la Pointe du Grouin en empruntant le chemin du Moulin à Vent qui avait été gravillonné. Les mêmes opérations se faisaient du côté de la Pointe des Guettes. Tout le rez-de-chaussée de la maison des Richard Ker Armor était rempli de sacs de ciment.

Dans la grève, à la limite de basse mer, un mur de poteaux faits de troncs d'arbres coupés un peu partout y compris dans les rabines des Aubiers et des Marais, fut érigé entre la pointe du Roselier et la côte de Morieux pour faire face à un débarquement éventuel. Des mines étaient même placées sur leur sommet. Mon père qui pêchait ses filets la nuit s'y cachait pour éviter les projecteurs qui parfois balayaient la grève depuis la Pointe des Guettes.

Durant quelques mois des hommes étaient réquisitionnés pour travailler à la construction des blockhaus au titre du S.T.O. (service du travail obligatoire)- souvenirs de François Boulaire.

blockhaus pointe du Grouin Blockhaus à la pointe du Grouin 

Dans les années 43 et 44 les allemands installèrent des champs de mines tout au long de la zone côtière dont l'accès fut formellement interdit. Il était d'ailleurs question d'évacuer Lermot.

ouvrages allemands Ouvrages allemands à la pointe de la presqu'île (selon F. Boulaire) 

Le 21 avril 1944, un avion américain Lockheed P38 est touché par la DCA de Lermot. L’avion piloté par le lieutenant Emerson, originaire du Michigan, est obligé de se poser en urgence à Pivert.

L’avion sera abandonné en plein champ et démonté par les soldats allemands qui sont au Château des Aubiers. Ceux-ci pourchasseront le lieutenant Emerson et l’arrêteront.

Le lieutenant Emerson, dans les jours qui suivirent sa capture, sera envoyé en camp de prisonniers Stalag Luft III, à Sagan (aujourd'hui Zagan en Haute-Silésie. Sud-ouest de la Pologne de nos jours). Au début de l'année 1945, face à l'avancée des troupes Russes, l'ensemble des prisonniers de ce camp, avec plus de 6600 américains sera déplacé et détenu au Stalag Lang Wasser près de Nuremberg. Le 1st lieutenant Emerson sera libéré en mai 1945. Il établira son dernier rapport militaire le 26 juillet 1945.

avion anglais Trajectoire de l'avion P38 


La vie pendant l’occupation

Dès 1940, le ravitaillement commence à manquer. « il n’y en a plus que pour les Boches ! ».

Les tickets de rationnement firent leur apparition en septembre 40. Ces petits timbres multicolores portaient des numéros. Il y en avait pour le pain, la viande, les matières grasses, le sucre, la farine etc… Toutes les denrées de première nécessité. Il existait un classement: J 1 pour les enfants, J 2 de 6 à 12 ans, J 3 pour les adolescents jusqu'à 17 ans catégorie plus généreuse, et au-dessus les travailleurs de force. L'appellation J 3 resta longtemps comme désignant les jeunes, précurseurs des blousons noirs.

Les allemands réquisitionnaient tout à leur profit pour leur effort de guerre. Toutes les denrées alimentaires, les métaux, les textiles, les cheveux, etc... étaient envoyés en Allemagne, et cela a duré pendant cinq ans. Ces restrictions ont continué plusieurs années après jusqu'en 1948 ou 49 où existaient encore les fameux tickets de rationnement.

Jean Dijon qui était secrétaire de mairie reprit aussitôt ses fonctions. L'administration communale participa bon gré malgré, à la récupération des quelques prisonniers d'Hillion qui venaient de bénéficier d'une permission exceptionnelle dans le cadre des aides agricoles au moment des moissons, ce devait être en juillet-août en fournissant la liste avec noms et adresses aux autorités sous contrôle allemand.

Certains auraient pu à ce moment-là, se soustraire aux recherches et éviter cinq années de stalag. C'est vrai qu'il y avait la menace de représailles sur les familles et les maquis n'étaient pas encore constitués. Les plus âgés furent démobilisés puis renvoyés dans leur foyer.

ticket de rationnement 1944 Ticket de pain 1944 

En novembre 1943 un avion anglais s'était délesté de ses bombes sur le bourg d'Hillion. ils visaient un dépôt de munitions à Saint-Ilan. Une bombe tomba sur la route devant le café Hardoin-Méchinaud aujourd'hui bar crêperie face à la salle Palante, faisant un immense cratère profond dans de la terre glaise où Joseph Déron qui allait sonner l'angélus du matin tomba, il faisait encore nuit. Il fut récupéré de justesse à l'aide de cordes. La deuxième endommagea le vieil Hôtel Saint Nicolas blessant grièvement une pensionnaire qui y perdit une jambe. L'hôtel fût reconstruit plus tard au titre des «dommages de guerre». Enfin le troisième projectile atterrit dans le jardin du presbytère ne faisant qu'un trou d'un mètre cinquante de diamètre. Ayant trouvé de la terre molle, la bombe ne dû pas exploser en profondeur. Elle s'y trouve peut-être encore.


Le STO

Le Service du Travail Obligatoire (STO) fut, durant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, la réquisition et le transfert vers l’Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré, afin de participer à l’effort de guerre allemand que les revers militaires contraignaient à être sans cesse grandissant (usines, agriculture, chemins de fer, etc.). Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées dans des camps de travailleurs implantés sur le sol allemand.

L’Allemagne nazie imposa au gouvernement de Vichy la mise en place du STO pour compenser le manque de main-d'œuvre dû à l’envoi des soldats allemands sur le front de l'Est, où la situation ne cessait de se dégrader. De fait, les travailleurs forcés français sont les seuls d’Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État, et non pas par une ordonnance allemande. C'est une conséquence indirecte de la plus grande autonomie négociée par le gouvernement de Vichy comparativement aux autres pays occupés, qui ne disposaient plus de gouvernement propre.

affiche STO Affiche du STO de 1943 

Début 1943, les jeunes hommes nés en 1922 sont ciblés et réquisitionnés par ce service. Certains adoptent la position de « réfractaire », c’est ainsi qu’à Yffiniac, à la ferme du Pont Ranton, l’un des fils reste caché sous un tas de fagots pendant deux ans.

Joseph Guernion de Hillion vit sous une autre identité dans une exploitation agricole à Bréhand.

Mais d’autres, qui n’ont pas 21 ans, partent pour l’Allemagne. Les six hillionnais qui sont partis sont Henri Meheut (Roche Martin), Jean Le Mée (l’Orme), Auguste Carré (La Grandville), Marcel Desvignes (La Grandville), Mathurin Pincemin (Forville) et Joseph Cabaret (Carmoen).

Cinq parmi ceux-ci resteront ensemble à Landau et cela pendant 23 mois, jusqu’à leur libération par les américains. Ils travailleront tous les 5 dans la même usine d’armement. Mathurin Pincemin était affecté à la fonderie dans des conditions très pénibles. Il souffrit de graves séquelles par la suite.

Joseph Cabaret travaillait à l’usine d’armement d’artillerie. Il a dû apprendre un minimum de notions d’ajustage sur une machine préréglée. Très vite, il prit des initiatives, donnant un coup de marteau par-ci, un coup de lime par-là, pour ovaliser légèrement une pièce. Procéder à du sabotage en temps de guerre était évidemment puni de mort.

Cette usine se trouvait près de Zweïbrucken, près de Sarrebruck, non loin de la frontière française. Cette ville fut entièrement détruite par les bombardements de mars 1945. L’usine est abandonnée et nos concitoyens partent à pied vers l’est de la France, puis à rebours de l’armée allemande qui reculait, sont rentrés à Hillion.


La libération

A la suite d'exactions commises au préjudice de la troupe et dans les villas réquisitionnées lorsque les allemands les évacuèrent pour occuper leurs blockhaus et abris enterrés, des enquêtes furent menées dans le village. Dans la même période il y eut d'autres enquêtes et des recherches dans certaines maisons en particulier dans les greniers à foin pour retrouver un soldat porté disparu. Le bruit circulait qu'un soldat avait été tué.

Le départ des allemands eut lieu quelques jours après le mardi 6 juin.

« Comme j'étais à la maison ce devait être le jeudi 8 ou le dimanche 12 au plus tard. La troupe n'était pas nombreuse une section d'une trentaine d'hommes à pied. Je me trouvais sur le pas de la porte à vingt mètres d'eux et au moment où je les regardais passer entre l'espace qui sépare la maison des Richard et celle de Campion, l'un d'eux lança une grenade à manche dans le jardin de Bedot. Il y eut un grand boum! Nous avons quand même pris peur, les gens sont restés chez eux. Nous, nous sommes allés nous réfugier dans le jardin où mon père avait creusé une tranchée recouverte de rondins et de terre. Pierre Delanoë avait fait de même dans son jardin contigu, une tranchée en zigzag plus élaborée que la nôtre. Et de cet emplacement, ayant la vue sur la route entre le hangar et la maison de Baptiste Guernion nous avons vu le groupe de soldats passer. Ouf! les boches sont partis, nous n'en revenions pas ! Cette petite unité dû se rendre à Hillion pour un premier regroupement des forces car à partir de là ils commençaient à réquisitionner des véhicules et charrettes disponibles pour le transport de leur matériel et surtout les munitions à destination du front de Normandie ou vers un repli sur Brest. Ces convois étaient harcelés par les maquis comme dans la zone de Chatelaudren où François Tanguy de La Rue fût blessé à la cuisse par une balle de mitrailleuse. Je le vis marchant avec une béquille. Il mourut quelques années plus tard. Les avions anglais intervenaient fréquemment en mitraillant les routes et chemins de fer; le boucher de Saint René fut tué par une de ces balles sur le pas de sa porte. » Témoignage de François Boulaire

Les cultivateurs étaient impatients de récupérer leurs terres minées mais il fallut attendre longtemps le déminage officiel qui fut réalisé par des prisonniers allemands encadrés par des démineurs professionnels. Ils allaient de ferme en ferme et étaient nourris le plus souvent avec des pommes de terre à cochons cuites dans de grosses marmites.

Il y eut des accidents avec les mines et au moins deux personnes sont mortes en les manipulant.

C'était au début du mois d’août 1944, le bruit se répandait ''Ils arrivent'' et la population de se précipiter en bordure de l'ancienne RN 12 qui traversait notre commune,  pour voir et applaudir les troupes américaines débarquées deux mois plus tôt sur les plages de Normandie.

Déjà, des éléments avancés de reconnaissance et de combat étaient  entrés dans Saint-Brieuc par contournement de la Ville, en partie aux mains de la résistance. Poursuivant leur route vers Morlaix ces grandes unités composées de régiments blindés qui avaient livré bataille continuaient leur progression pour libérer la partie Nord de la Bretagne jusqu'à Brest. Tous ces éléments après avoir traversé Saint-René descendaient  vers Yffiniac dans un bruit indescriptible. Les chenilles des chars lourds faisaient trembler le sol. L'étonnement était grand devant cette multitude de véhicules en tous genres qui passaient sans discontinuer.  Les équipages répondaient aux applaudissements de la foule par de grands gestes de la main en forme du V de la victoire.

arrivée des américains à Plévenon  Arrivée des américains dans les Côtes du Nord

 Il ne fallut pas attendre longtemps pour voir arriver une unité d'artillerie d'environ cent hommes. Il s'agissait d'une batterie antiaérienne composée de quatre canons de 90 tractés et d'un radar mobile.

Les quatre canons furent mis en batterie à Lermot dans les champs à gauche du chemin qui mène à la pointe des Guettes à hauteur de la Villa Gaby (dernière maison avant d'arriver à la pointe) offrant la meilleure vue sur la baie. La troupe installa une dizaine de tentes judicieusement disposées dans les terrains en friche jouxtant la villa précitée. Chaque tente avait à son sommet un haut-parleur qui diffusait de la musique en permanence et naturellement, de temps à autre, les ordres du commandement. La nuit, pour assurer la sécurité du campement, une sentinelle était postée dans l'ancienne guérite allemande et le cheval de frise barrait de nouveau la route. L'accès à la grève pour les pêcheurs était formellement interdit par ce passage.

 Leur présence dura jusqu'à la mi-septembre époque qui correspondait à la capitulation de la garnison Allemande de Brest. Il est vraisemblable qu'ils prirent part ensuite aux futurs combats qui menèrent à la victoire en 1945.


Les déportés

A notre connaissance, il n’y eut qu’une déportée native de la commune de Hillion. Il s’agit de Marie-Louise Mordelet, née le 8 avril 1887 à Hillion, qui habitait Rennes après son mariage avec un monsieur Latront.

Elle fut arrêtée à Rennes en avril 1944 pour résistance et fabrication de faux papiers. Ensuite, elle fut déportée à Ravensbruck où elle décédera le 29 octobre 1944. Matricule 35391.


 

 

L'après-guerre et les Trente Glorieuses

Dans les années 50, à l’instar de nombreuses communes bretonnes identiques, Hillion veut entrer dans la modernité. Elle saura garder toutefois son caractère rural et s’adapter aux désirs et envies d’une population demandeuse de plus d’infrastructures et de confort. De nombreux aménagements ont lieu, zones artisanales, bâtiments communaux, lotissements, amélioration des structures existantes. Mais Hillion ratera le virage du tourisme de masse, en raison de la platitude de l'estran, et aussi  du problème des algues vertes.

Ernest Gaillard, un maire volontaire et historien

moissonneurs Moissonneurs

En 1945, une nouvelle municipalité est élue avec à sa tête Mathurin Guernion. Mais il faudra attendre des élections intermédiaires en octobre 1947, pour que soit élu un jeune conseiller, Ernest Gaillard.

A la suite du décès de Mathurin Guernion, Ernest Gaillard sera élu maire le 1er décembre 1948, par 11 voix contre 4 à Louis Guernion et une à Julien Cléret.

Ernest Gaillard sera l’artisan des profonds changements des années 50 à 70 dans la commune, aussi bien pour l’amélioration des routes et des chemins vicinaux, mais aussi des infrastructures nécessaires à une commune qui prend de l’importance.

Il sera également un historien local hors pair et si vous lisez ces lignes, vous pouvez apprécier ce que nous lui devons en matière de mémoire historique de la commune.

Ernest Gaillard Ernest Gaillard (1910-2005) 


Les grandes réalisations

Dès le début de son mandat, Ernest Gaillard aura la volonté d’épouser son époque et de moderniser la commune.

bourg d'Hillion en 1950 Le bourg de Hillion en 1950  

Ce seront dans les années 1950, de grands travaux sur les routes et chemins vicinaux qui seront prioritaires. L’élargissement de la voie d’accès à Hillion fera débat, le conseil municipal désirant qu’elle soit « la plus large possible ». Après bien des concertations et la volonté de Mme de Freslon, à qui appartenait la partie de terrain à agrandir, de ne pas vouloir sacrifier ses arbres, on aboutira à ce résultat surprenant de double voie unique qui fait la particularité et le charme de l’entrée du bourg.

rabine des Aubiers en 1960 La rabine des Aubiers en 1960  

Puis les grands travaux se succéderont pour l’amélioration de la vie de la commune, des lavoirs en 1953, la salle des fêtes de Saint-René, aménagée pour être aussi mairie annexe en 1957.

salle des fêtes de Saint René Salle des Fêtes de Saint René 

En 1955, la municipalité décide de construire une nouvelle mairie. Ce sera chose faite en 1960, l’ancienne devenant bibliothèque municipale. A cette époque, l’éclairage public est terminé et modernisé.

nouvelle mairie en 1960 La nouvelle mairie en 1960 


Une commune en changement

A partir de 1962, les grands travaux seront légion, les terrains de foot, puis les cantines municipales en 1971 et 1972, le foyer rural en 1979 (devenu aujourd’hui salle de la presqu’île et salle des dunes) , la zone d’activité entre 1979 et 1984, le foyer-logement en 1983, les courts de tennis et l’école maternelle en 1985, la salle omnisports en 1987, l’aire des Gens du Voyage en 1988.

En 1971, un IMP (institut médico-pédagogique) se créait au lieu-dit « Les Sorbiers ». Il avait vocation d’accueillir en internat 80 enfants de 6 à 16 ans, présentant une limite importante de leur développement intellectuel, rendant impossible ou très difficile leur accueil en milieu scolaire classique.

Les zones artisanales de Beau Soleil et du Moulin à vent seront opérationnelles en 1985.

Quant à la loi de décentralisation de 1983, elle aura des incidences sur les décisions, car à partir de cette époque, la ville est responsable en matière d’élaboration du plan d’occupation des sols.

le bourg de Hillion en 1960  Le bourg en 1970, avant la construction du Foyer Rural et de la cantine scolaire

Les inondations ont été un fléau récurrent sur les basses terres de Hillion gagnées sur la mer. En 1960 une grande digue est construite.

Article de Ouest-France 1960 digue Hillion Article de Ouest-France de 1960 relatif à la digue de Hillion 

Une politique de lotissements sera mise en œuvre. Dès 1963, la rue de la Gravelle est aménagée avec 5 lots (appelé à l’époque lotissement des Chauchix). A Saint-René, ce sont les lotissements du Domaine et du Château-Rouge, puis à Hillion, le lotissement des Portes et celui de la Motte-Verte qui urbaniseront rapidement (entre 1965 et 1985) la commune.

Néanmoins, Hillion reste une commune essentiellement rurale, et il faudra attendre 2014 pour ne plus voir un seul agriculteur élu au conseil municipal.

moissonneuse-batteuse Moissonneuse-batteuse


La guerre d'Algérie

 Texte en construction

 

appelé d'Algérie Appelé du contingent en Algérie 

 


L'activité mytilicole

Dans les années 1950, une maladie parasitaire (la mytilicola intestinalis) a dévasté à plus de 95% la production mytilicole de la baie d’Aiguillon en Charente-Maritime.

Pour les mytiliculteurs de Charron, il faut trouver d’autres sites pour se reconstruire. Ils choisissent la Baie du Mont St Michel (Le Vivier/s/mer), St Cast-Le Guildo et surtout la baie de Saint Brieuc (Hillion) où les marées importantes conviennent parfaitement à cette activité.

mytiliculteurs Début de la mytiliculture à Hillion 

Une dizaine de familles de charentais vont s’installer à Hillion. Cinq sont encore présentes à Hillion, dont celle de Jean-Marie Hurtaud dont voici un témoignage :

« Changement de décor : A Charron, le travail se faisait en bateau. Ici, tracteur et véhicules de récupération de l’armée. Côté humain, l’accueil était à la méfiance : que venaient faire ces Charentais de notre baie. »

Une délibération du conseil municipal du 31 mars 1963 donne acte de la création de bouchots, tout en déplorant l’enlaidissement de ces beaux sites qui étaient naturels, et demande le libre exercice à l’intérieur des bouchots de la pêche à pied.

« Le  maire voulait même créer une zone pour les mytiliculteurs avec leurs habitations à l’image d’un coron »

De nombreuses pétitions circulèrent pour empêcher l’installation des bouchots.

estacade Estacade

« Au fur et à mesure, nous nous sommes intégrés en participant aux diverses associations du village. Aujourd’hui, nous sommes des Hillionnais, acteurs de l’économie de la ville. Les bouchots sont une source d’intérêt touristique et une activité qui emploie de la main d’œuvre locale, notamment en été avec les saisonniers scolaires. La mytiliculture, un beau et rude métier exigeant et tributaire de la marée, de la météo et de la consommation du produit »

les bouchots en 2001 Les bouchots en 2001 

Actuellement, la longueur des bouchots en baie d’Hillion est de 83 kilomètres, partagée en 48 concessions. En 1983, La zone d’activité mytilicole est construite et 5 des exploitants historiques y sont toujours présents.

enlèvement de moules Enlèvement de moules 


La vie associative et culturelle

 

fanfare de Hillion Fanfare de Hillion 

La  troupe théâtrale de Hillion sera créée en 1945 par L’abbé Lescan et Joseph Campion. Cette troupe durera 70 ans avant de s’arrêter en 2015.Son originalité est d’avoir toujours eu un répertoire éclectique de qualité jouant aussi bien des pièces de boulevard que de grands auteurs comme Jean Anouilh, Eduardo Manet, Tcheckov, Dario Fo, etc..

troupe théâtrale 1968 Troupe de théâtre en 1968 au Chalet Blanc 

Dans les années 50 et 60, la troupe se produisait dans la colonie de vacances du Chalet Blanc (désormais Maison de la Baie). Mais à partir de 1978, la sécurité interdisait tout spectacle dans ce site. La construction du Foyer Rural permettra à la troupe de se produire dans de bonnes condition. A cette époque Françoise Hébert la prend en main et la transforme en association indépendante des écoles libres dont elle était une émanation à la création. La troupe s’appellera « Art et Expression Théâtrale ». A cette époque Patrick Chanot, ancien comédien du Théâtre Populaire de Bretagne prend la direction artistique et officiera jusqu’en 2010. En 2009, la construction de l’Espace Palante donne aux acteurs une scène d’une autre dimension.

   troupe en 2010 salle Palante   La troupe en 2010 à l'Espace Palante

Un acteur professionnel, Jonathan Drillet, né à Hillion, commencera dans cette troupe. Il a été vu dans le film de Laurent Firode « Par Amour » et beaucoup au théâtre (et quelques pubs).

Jonathan Drillet Jonathan Drillet 

A Saint-René, il existera une troupe qui se produira au Foyer rural de Saint René entre 1950 et 1985 nommée « Les Joyeux colibris ».. Cette troupe sera reconstruite en 2003 sous le nom de « Rire et faire rire » et connaitra depuis un grand succès. Elle se diversifie en proposant en plus d’une pièce adulte, une pièce « jeune », des ateliers-théâtre, des pièces en gallo et un travail commun avec l’association musicale d’Yffiniac –Maniafoly- sur une comédie musicale.


"Une Vie", film d'Alexandre Astruc

En 1957, l’équipe du film d’Alexandre Astruc, décédé en 2016, décide de tourner quelques scènes du début du film : « Une Vie » d’après le roman de Guy de Maupassant, sur les dunes de Bonabry. C’est un mystère, car l’intégralité du film est tournée au cap de la Hague. Seule la première minute se passe à Hillion. On voit parfaitement Pascale Petit et Maria Schell courir sur la plage.

film "une vie" L'une des premières scènes du film tournée à Bonabry 

Ces Dunes seront rachetées par le département à Mr Du Fou de Kerdaniel en 1981. Cette acquisition a été permise grâce à la taxe d’espaces verts. Cette taxe imposée sur les nouvelles constructions sert à l’achat de sites naturels en danger.


L'amicale laïque

Elle est née en décembre 1951 de la volonté de certains habitants de créer des groupes d’éducation intellectuelle, physique et artistique pour les élèves des écoles publiques.

Le but de l’association était de « créer autour des écoles d’Hillion une atmosphère de confiance et de sympathie et de resserrer les liens de camaraderie entre les amis, les élèves et anciens élèves de ses écoles publiques pour la défense de l’école. »

La première présidente en fut Alice Collet, puis Berthe Frostin, Gérard Le Guen, Mme Bertho, Mme Bougeard, Marie-Thérèse Macé, Jean François Philippe en 1985, puis Nolwenn Lorant et enfin Nelly Bougeard.

L’amicale laïque a eu plusieurs sections sportives ou culturelles qui ont pour la plupart fusionné depuis avec d’autres associations locales (CAP, Théâtre, etc...)

Elle a toujours une section de gymnastique et de badmington et organise des soirées en commun avec les associations de parents d'élèves pour participer aux activités des dites écoles.

amicale laïque Activiés sportives de l'Amicale laïque 

La bibliothèque a longtemps été une émanation de l’amicale laïque. Depuis 1987, la commune a récupéré l’activité devant l’ascension fulgurante de sa fréquentation. Après avoir été hébergée dans l'ancienne mairie depuis les années 60 où elle était très à l'étroit, depuis 2015 elle se trouve désormais dans l’ancienne école Sainte Jeanne d’Arc achetée par la commune en 2006. Mutée en médiathèque pour répondre aux besoins de la population, elle a pris un nouvel essor en faisant partie du réseau des médiathèques de Saint Brieuc Agglomération.

médiathèque La médiathèque 


L'ASHR

Le 11 décembre 1963, Alexandre Robert, boucher à Saint René, dépose les statuts du club de football d'Hillion à la préfecture des Côtes-du-Nord. Son nom, Avenir Sportif Hillion-Saint René, que l'on doit au boulanger François Penault, unit les deux clochers. Le premier match officiel victorieux face à Saint-Carreuc en 1964 (2 buts à 1). Dès 1966, l'équipe atteint la première division départementale.

L’association sera reconnue immédiatement par la commune qui lui donnera une subvention importante (2000 francs) dès 1964, puis 1000 francs chaque année jusqu’en 1966.

Dès 1963, un terrain de football sera construit à Saint-René, celui de Hillion ne le sera qu’en 1977.

equipes de foot de l'ASHR  Remise de  trophées 

A noter qu’un footballeur professionnel né à Hillion sera issu de l’ASHR. Il s’agit de Patrice Carteron, qui sera respectivement joueur à Laval, Rennes, Lyon, Saint Etienne, Sunderland et Cannes, avant d’être entraineur de ce dernier club, puis de l’équipe du Mali.

Carteron Patrice Carteron 


Les autres sports

A partir de 1970, le football cesse d’être le seul pratiqué. Une nouvelle population, venue des villes ou plus simplement des générations plus jeunes enclines à s’intéresser à d’autres disciplines s’installe à Hillion et crée de nouveaux clubs.

Judo en 1987 le judo en 1987 

L’amicale laïque a plusieurs sections, yoga, basket, etc..) comme il a été indiqué ci-avant. Mais en 1976, Françoise Hébert crée le CAP (Club Athlétique de la Presqu’île) qui sera concurrent de l’amicale en matière de sports, sans pour cela se rattacher à une quelconque obédience patronale. Au départ, les disciplines sont complémentaires, danse, escrime et judo pour le CAP, mais d’autres seront en concurrence comme le tennis, la gymnastique et le tennis de table.

danse au CAP en 2005 Danse avec le CAP en 2005 

Plus tard ces clubs fusionneront et cette rivalité disparaitra. Actuellement le CAP a gardé uniquement le club de danse qui est très important en nombre d’adhérents et en qualité d’enseignement.

D’autres disciplines seront à l’honneur dès les années 1980, le cyclo-club créé par Jean-Yves Doré, puis le club de volley-ball et enfin au début des années 2000, l’association « Entre Dunes et Bouchots » issue de l’association des parents d’élèves de l’Ecole Saint Joseph, qui organisera chaque année un trail de qualité sur la commune en misant sur les atouts de la mer et des chemins. Henri Bourdonnais en sera l’artisan et cet événement est désormais un rendez-vous incontournable des amateurs du genre venus de toute la France.

Entre dunes et bouchots 


Les associations à caractère social

L’ADMR (Aide à Domicile en Milieu Rural)

Cette association, qui s’appelle au départ Association locale des aides familiales rurales d’Hillion, est née en 1952 à Hillion dans le but « d’aider la mère de famille rurale dans sa tâche au foyer en lui procurant le concours d’aides familiales, de prendre en charge les Aides familiales et de leur assurer un travail familial et social »

ADMR     Création de l'ADMR en 1952

En 1999, les statuts en sont changés : « Aider à tous les moments de leur existence toute famille ou personne dans les communes ou les quartiers où elle exerce son action ». En 2004, l’association fusionne avec Yffiniac et devient ADMR de la Baie. Les différents présidents furent : Louis Cabaret en 1952, Pierre Guernion en 1963, Anne Le Montreer en 1969, Marie Annick Cabaret en 1979, Maryvonne Chanot en 1986, et Elisabeth Jouan en 2011.


Les kermesses et la vie des écoles (en construction)

 

 


La fête du cidre

En 1972, les responsables de l’école catholique de Saint-René sont en période de réflexion : Malgré la kermesse annuelle du 15 aout, l’auto-cross organisé au mois de mai, et l’aide de la commune (contrat simple), les ressources financières s’avèrent insuffisantes pour pallier aux dépenses inhérentes à l’école (surtout l’emprunt contracté pour la construction de la classe maternelle).

L’AEP (association d’éducation populaire) présidée par  Raymond Onfray, en lien avec le directeur de l’école Henri Nicolas cherche des solutions. Le trésorier Guy Collet a une idée : « Il y a bien des fêtes de la bière ailleurs, pourquoi pas une fête du cidre ».

La première Fête du Cidre de Saint-René naît le 15 août 1973, rassemblant une grande foule.

Fête du cidreFête du cidre

Au fil des années, la fête du cidre gagnera ses lettres de noblesse. Les organisateurs (parents d’élèves et amis) auront le souci continuel de satisfaire les visiteurs et d’améliorer la qualité de la manifestation : stands habillés de croûtes de bois et de genêts, tonneaux, barriques, jeux, concours de boules (jusqu’à 300 participants), animation par des groupes folkloriques. Et tout cela autour du pressoé, du moulin et de la motte. Car du cidre est fabriqué sur place lors de la fête.

Les participants au repas du soir se retrouvent autour d’un « cochon grillé » avant l’organisation d’un fest-noz

« Surveillés et cajolés par une joyeuse équipe bien rôdée et efficace, apparaissent les cochons soigneusement embrochés qui, toute la journée, rôtissent doucement, et dont l’odeur irrésistible et sublime vient caresser agréablement les narines des gourmets (connaisseurs ou en-devenir) qui s’empressent de s’inscrire pour la dégustation du soir autour des nombreuses tables, dans une ambiance familiale et appréciée. ». Henri Nicolas


Les algues vertes

Il n’est pas possible de passer sous silence le fléau des algues vertes affectant la commune depuis plus de quarante années, qui l’a rendu tristement célèbre

On appelle marée verte un important dépôt d'algues laissé par la mer sur la zone découverte à marée basse, ou flottant entre deux eaux lorsque la mer monte. Ces dépôts peuvent s’étaler en tapis ou former des monticules, des andins, pouvant atteindre plusieurs décimètres.

Lorsque ces algues vertes s’accumulent trop longtemps, elles se décomposent, entrent en putréfaction, dégagent de l’hydrogène sulfuré et des mercaptants, sources de mauvaises odeurs, provoquent l'émission de gaz à effet de serre (méthane), et sont dangereuses pour la vie animale et humaine en raison de leur toxicité.

Algues vertes à Bonabry en 2008 La plage de la Grandville en 2008: une vaste prairie d'algues vertes

Ces algues vertes sont toutes nitrophiles, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de nitrates. Dans l’Ouest, ce sont surtout Ulva armoricana (très fine) et Ulva rotundata (plus épaisse), deux algues très photophiles, qui disposent de la lumière nécessaire à leur développement du printemps à la fin-septembre.

Ce sont toujours des ulves ou des espèces proches qui sont impliquées dans les marées vertes, probablement pour les raisons suivantes :

- elles ont une capacité exceptionnelle à engranger les nitrates, ce qui leur permet une croissance rapide et régulière, même quand les apports en nitrates sont irréguliers

- elles sont dotées d'une forte capacité multiplicative asexuée par bouturage (fragmentation)

- en temps normal ce sont des algues fixées, mais leur forme libre est la plus apte à exploiter la zone intermarées, dès lors que des nitrates y sont présents et que ses prédateurs (brouteurs tels que les oies bernaches) y sont absents

- cette algue présente une densité très légèrement supérieure à celle de l'eau de mer ; elle coule, et on en rencontre des stocks parfois importants par des fonds de 5 à 15 mètres, mais lorsqu'elle est arrivée dans les vagues les plus proches du rivage (le rideau), les mouvements de l'eau la maintiennent en suspension et elle se trouve exposée de manière optimale au soleil, tout en étant protégée des organismes brouteurs.

 

Ce phénomène apparait discrètement à Hillion dans les années 1960, puis s'amplifie dans les années 1970, et s'aggrave régulièrement depuis avec des rémissions épisodiques. Ces dernières années, on constate une réduction des dépôts.

Dès 1971, le Préfet des Côtes du Nord est saisi par le maire de Hillion et celui de Saint Brieuc qui lui font part de leur préoccupation, et demandent de prendre des mesures d’urgence pour faire face à la polution des plages par les algues vertes ! Sans effet malheureusement, car le phénomène n’est pas directement du ressort de la commune.

​   courrier maire st Brieuc 1971 Lettre du maire de Saint Brieuc

En effet, la cause première est l'importance des apports en nitrates par les fleuves et rivières, ainsi que par les eaux de ruissellements parfois chargées en nitrates. Ces nitrates proviennent principalement de l'agriculture (élevage industriel et engrais). Le taux de nitrate est mesuré dans tous les fleuves littoraux, et il est en Bretagne particulièrement important. Selon le ministère de l'Agriculture, les apports en azote et phosphore « ont augmenté de façon considérable à partir des années 1960 et leur concentration s'est accrue dans les zones de prolifération d'ulves ».

Les nuisances sont d'abord visuelles et olfactives. Et puis, beaucoup plus préoccupant, ces algues en décomposition sont toxiques. Les touristes et la population locale fuient les plages touchées par la marée verte qui sont en outre une source de coût direct (nettoyage) pour les communes affectées.

Des associations de protection de l’environnement se créent ou se développent pour inciter l’Etat à prendre les mesures qui s’imposent. Il s’agit notamment de « Haltes aux marées vertes » créée par André Ollivro, et d’Eaux et Rivières de Bretagne. Leur combat ne donne guère de résultat, les pouvoirs publics ne prenant pas la mesure du problème, peut-être par crainte de devoir revoir sa politique agricole et environnementale. Le problème est souvent minimisé.

A plusieurs reprises, des propriétaires de chiens morts pour s’être aventurés dans les algues vertes en décomposition, interpellent les élus, sans effet.  Aucune mesure sérieuse n’est prise et les médias en sont peu informés. Le phénomène prend de l’ampleur, la situation devient intenable pour de nombreux habitants de la commune, des odeurs pestilentielles se faisant sentir à plus d’un kilomètre du rivage ! Lors de la campagne pour les élections municipales de 2008, les habitants interpellent les candidats pour leur demander comment ils comptent agir pour éradiquer le problème.

  décès d'un chien par algues vertes 1984 Courrier alertant du décès d'un chien par les algues vertes en 1984

La nouvelle équipe municipale en place en mars 2008 promet de prendre des mesures : ce n’est pas simple. Dès l’été 2008, la mort de deux grands chiens à la Grandville annoncée par la presse, met sous pression les élus communaux, régionaux et les Services de l’Etat. Le phénomène s’amplifie avec le décès d’un cheval à Saint Michel en Grève. L’Etat dépêche une mission interministérielle qui vient enquêter à Hillion.

les algues vertes dans les journaux  Les algues vertes suscitent de nombreux articles dans les journaux

Les associations portent plainte contre l’Etat qui est condamné en appel pour n'avoir pas fait respecter les normes environnementales qu'il a lui-même édicté.

La commune passe un nouveau marché pour le ramassage des algues et leur stockage, dans le but d’en faire du compost avec adjonction de déchets verts. La plateforme de la Ville Indeloup créée sous le mandat précédent se révèle vite trop petite, engendrant des nuisances olfactives et des effets sur la santé des riverains. En effet, certains jours, près de 1000 tonnes sont ramassées ! Plus de 12 000 tonnes en 2008 ! Et par le jeu du flux et du reflux, du vent et des marées, les échouages d’algues journaliers sont très variables, parfois seulement d’une centaine de tonnes. D’autres jours, le vent et la marée emporte les dépôts d’algues…qui reviennent quelques jours plus tard. La gestion est donc très difficile, nécessitant la mise au point de techniques diverses, notamment de ressuyage avant transport.

ramassage algues vertes  Ramassage d'algues vertes sur la plage de la Grandville

Saint Brieuc Agglomération apporte son soutien financier puis prend en charge la compétence « algues vertes » pour soulager les communes du littoral. Le maire prend la décision de fermer l’aire de stockage de la Ville Indeloup et les algues vertes sont envoyées sur le site communautaire de Lantic, à plus de 30 km.

ramassage algues vertesLes engins de ramassage en action

Par ailleurs, dans le cadre du SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux) de la Baie de Saint Brieuc, la Commission Locale de l’Eau (CLE) rassemblant élus, agriculteurs, associations de défense de l’environnement entreprend un travail de fond pour que les agriculteurs adoptent des mesures de réduction des nitrates et de modifications de leurs pratiques culturales : cela ne se fait pas sans difficultés, les réticences sont nombreuses, et les engagements reposent sur la base du volontariat. Mais, progressivement, avec persévérance, de nouvelles pratiques sont mises en place, et les taux de nitrates commencent à baisser. Les plages sont régulièrement nettoyées, la population locale retrouve les plaisirs de la plage de Lermot (avec encore quelques désagréments d’algues flottantes), et les odeurs deviennent rares.

plage de Lermot en 2016  Plage de Lermot en 2016

Le phénomène n’est cependant pas encore éradiqué, et il faudra adopter de nouvelles mesures environnementales pour être enfin débarrassé des algues vertes.


La commune de Hillion de 1989 à 2015

Cette période sera marquée par des changements politiques importants qui feront basculer la commune d’un bord à l’autre. Les grands travaux continuent et Hillion a désormais plus de 4100 habitants. L’intégration dans Saint Brieuc Agglomération avec toutes ses  incidences en terme de services, la création d’un EHPAD à Saint René, à quelques pas où 700 ans plus tôt se dressait probablement un château fortifié, assure le passage de la commune du XXe siècle au troisième millénaire.

La Réserve naturelle

Il y eut beaucoup de projets au cours des 100 dernières années pour aménager l’anse d’Yffiniac, notamment la construction d’une digue pour créer un lac artificiel, implanter un aérodrome, etc. Le caractère naturel et écologique de ce site finit par l’emporter, non sans mal ni protestations. Dans les années 1970, trois associations de défense de l’environnement se créent sur le canton (DHIANE à Hillion, YODE à Yffiniac et PILET à Langueux) qui œuvrent chacune pour faire de cette baie une zone naturelle. En 1983, elles fusionneront en une seule association ANSE dont le premier président fut Bernard Déron de Hillion, afin de coordonner les actions et être plus représentatif auprès des autorités.

carte de la Réserve NaturellePlan de la réserve Naturelle

Dès 1973, l'anse d'Yffiniac est classée en réserve maritime de chasse. Les premières demandes de classement en réserve naturelle apparaissent en 1981 en compensation de l'extension du port du Légué mais la procédure n'est lancée qu'au début des années 1990.

Classée en 1998, elle occupe une surface de 1 140 hectares dans la partie sud de la baie de Saint-Brieuc. La partie terrestre du site comprend 4 ha 14a 75ca et concerne les dunes de Bon Abri sur la commune de Hillion.

dunes de Bonabry Dunes de Bonabry

Ayant atteint son objectif, l’association ANSE se dissoudra laissant une autre association de Saint Brieuc le GEPN prendre le relais pour la gestion commune de cette réserve avec l’Agglomération de Saint Brieuc.

La plus grande Réserve de Bretagne est un haut lieu ornithologique. Scindée en deux anses (l'anse d'Yffiniac et l'anse de Morieux) qui forment une zone humide d'intérêt international, elle a été classée Réserve naturelle en 1998 car elle assure la protection d'une faune et d'une flore qui prospèrent en toute tranquillité. Depuis toujours carrefour de migration, certains oiseaux aiment à y faire étape tandis que d'autres y ont élus domicile pour leur nidification. Au gré des sentiers de la Baie et selon les époques, ce ne sont pas moins de 40 000 oiseaux de 112 espèces différentes qui peuvent être observées à loisir. Notamment les oies bernaches viennent en nombre (plus de 4 000), mais leur nombre diminue ces dernières années.

oies bernaches Oies bernaches

Mais la réserve n’est pas seulement à but ornithologique, mais également géologique, botanique et de découverte de l’estran.

oyats Oyats

La Maison de la Baie, Maison Nature et centre d'information et d'observation, est située sur un promontoire à l’ouest de la presqu’île de Hillion. Site panoramique exceptionnel dans l’anse d’Yffiniac, elle offre au visiteur une découverte presque complète de la Baie de Saint-Brieuc, de ses richesses naturelles et de son économie maritime.

Elle a été achetée par Saint Brieuc Agglomération en 1987. Le premier directeur en a été Jean-Pierre Cochin, actuellement Blandine Magnette l’a en charge.

La Maison de la Baie a rouvert ses portes début 2011 après un réaménagement complet et une extension des locaux. Un musée interactif permet la découverte de la vie de l’estran, de nombreuses animations permettent, tout au long de l’année, de découvrir les oiseaux migrateurs (en saison) et la richesse de l’estran, ressource importante par son plancton pour le développement des alevins.

Maison de la Baie Maison de la Baie en 2015


De nouvelles infrastructures pour une nouvelle population (en construction)

 

 


L'intercommunalité (en construction)

 

 


Le jumelage avec Ballabio

En 2002, la municipalité sous l’impulsion de Suzanne Robert, adjointe aux Affaires Culturelles, décide d’une possibilité de jumelage avec une ville de même taille qu’Hillion.

Cette initiative pourrait permettre de tisser des liens entre les populations en matière de culture, de sports et de loisirs.

Un comité est créé et ce dernier choisit une petite ville italienne de 4000 habitants située dans la région de la Valssessina : Ballabio.

entrée ville HillionEntrée de ville à Hillion 

entrée ville Ballabio ​Entrée de ville à Ballabio

Cette commune est sise à une dizaine de kilomètres de Lecco, près du lac de Côme. Depuis cette date, de nombreuses manifestations et des échanges ont eu lieu entre les habitants des deux communes.


La fête de la moule

L’association est créée en 2001 par Armel Moreau et Marie-Jo Poletti, dans le but de «& faire aimer et défendre la moule de bouchot de la baie de Saint-Brieuc, par différents moyens et manifestations..."

Fête de la Moule à BonabryFête de la Moule à Bonabry

L’idée était de fidéliser des touristes et des autochtones autour de spectacles musicaux tout en faisant déguster des moules. Au départ, la fête se passe sur la zone mytilicole de Bonabri, qui semblait une évidence puisque le lieu permettait des dégustations, des expositions et des visites de sites professionnels.

En 2014, la fête se déplace au bourg de Hillion et devient « Fête de la moule et de l’artisanat ». En 2016, elle prend le nom de « Folies en Baie ». Elle se déroule le premier dimanche d’août.

Des milliers de visiteurs viennent à cet événement, et plus d’une centaine de bénévoles contribuent à la fête.

Des groupes artistes de renom sont venus honorer de leur présence les différentes éditions comme Morenn en 2001, Les Glochos en 2005, Richard Gotainer en 2010, Gilles Servat et Les Frères Morvan en 2015, et Francis Lalanne en 2016.

Affiche Fête de la Moule Affiche Fête de la Moule 2015