Frise du temps, du Paléolothique à note aire

Préhistoire-Protohistoire & période gallo-romaine

Les éléments concernant l’origine de la commune de Hillion peuvent conduire à de nombreux développements. Nous avons choisi de ne présenter sur ce site internet que les éléments essentiels permettant de comprendre comment, depuis l’aube des temps, et jusqu’à la fin de la période gallo-romaine, l’implantation humaine s’est faite et développée sur notre territoire. Il ne s’agit donc pas de présenter une monographie exhaustive sur ce que nous connaissons de ces périodes, ce sera l’objet de travaux ultérieurs qui prendront également en compte les recherches que notre association continue de faire.

Préhistoire

Le paléolithique

La géographie de la commune d’Hillion, territoire en forme de presqu’île, bordé par 13 km de côtes, a suscité très tôt un intérêt pour les humains qui pouvaient trouver sur ce territoire, outre les ressources terrestres permettant la chasse et la cueillette, des ressources marines (coquillages, poissons).

Les objets archéologiques découverts ne permettent pas d’affirmer une présence humaine lors des périodes du paléolithique ou du mésolithique. Mais une comparaison avec les découvertes ef­fectuées non loin d’Hillion, à Piégu (commune de Pléneuf-Val André) en 1987 s’impose, en raison de la proximité et de la configuration littorale. Sur ce site de Piégu, une occupation humaine vieille d’environ 200 000 ans est attestée par de nombreux objets de pierre taillée : racloirs, bifaces, pointes levallois. Il est très vraisemblable que la commune d’Hillion ait connue une occupation humaine dès cette période du paléolithique moyen.

Outils du paléolithique de Piégu

Outils du paléolithique de Piégu (Revue Archéologique de l’Ouest – 1985)

Le néolithique

La présence humaine est par contre bien attestée lors de la période néolithique (- 5 000 à - 1 700 av JC) par les nombreuses haches de pierre polie (cf fiche 11.01.01), par des pointes de flèches et grat­toirs, meules, retrouvés dans de multiples lieux de la commune, et par le menhir de Carquitté, découvert en 1964 (cf fiche 08.01.01).

D’autres sites restent probablement à découvrir.

Il est donc certain que, dès le néolithique, le territoire n’était pas une zone seulement constituée de landes et de forêts, mais était maillé par tout un réseau de petits champs et de petites prairies à occupation temporaire, permettant la culture et l’élevage de popula­tions sédentarisées. Ces champs, et bien sûr les habitations, étaient desservis par des sentiers nombreux.

Carte néolothique de la presqu'ile de Hillion (En construction)

pointes de flèches en silex haches de pierre polie de Carquitté Grattoir en silex

1 : Pointes de flèches en silex trouvées à Hillion
2 : Haches de pierre polie de Carquitté
3 : Grattoir


Protohistoire

L'Age du Bronze

L’occupation humaine n’a pu que se poursuivre dans la presqu’île. La période de l’Age du bronze (environ -1 800 ans à - 700 ans avant J.C.) est illustrée par la découverte d’un dépôt d’une trentaine de haches de bronze (à douille carrée) sur le site de Lermot en 1851. A Carquitté, un dépôt d’environ 20 haches à douille de type ordinaire a été également découvert en 1851. Ces dépôts date­raient de l’extrème fin du Bronze final, soit vers - 700 av J.C. Les habitats de cette période sont mal connus dans la région, et sur la commune d’Hillion on n’en a pas fait la découverte. Ces haches qui ne sont pas opérationnelles sont considérés actuellement par les archéologues comme système pré-monétaire.,

haches à douille carrée

haches à douille carrée (musée de St Guénolé –Penmarc’h)

L'Age du Fer

La période de l’Age du Fer a suivi celle de l’Age du Bronze. La première période celtique dite de Hallstatt (environ -700 à - 450 avant JC) est mal connue à Hillion. La seconde période dite de La Tène (-450 à -58 av JC) est bien présente avec notamment la découverte de poteries. C’est à partir de cette période que l’utilisation du fer se répand. Dans le Penthièvre, l’altération de roches briovériennes a abouti à des minerais plus ou moins riches en fer, ayant fait l’objet d’une industrie locale. De tels minerais sont notamment présents à Lermot et sur la grève de l’Hôtellerie.

Le territoire d’Hillion faisait partie du peuple coriosolite, dont la capitale était située à Corseul. Ce peuple, comme tous les autres peuples de la péninsule armoricaine, a peu utilisé des pièces de monnaies pour le commerce. Il a été découvert à la Ville Finie une pièce osisme (dont le territoire est situé à l’ouest du territoire coriosolite).Cf fiche 11.02.03.

 

Cartes des peuples gaulois d'Armorique

Carte des peuples gaulois d’Armorique

La présence gauloise est illustrée par les sites de Billemont, Crémur, Bonabri… où ont été découvertes des céramiques. En lien avec les fermes, à la faveur de roches présentant de fortes altéra­tions et des fissures, étaient parfois associés des souterrains dits armoricains. Ces souterrains servaient pour la conservation de denrées, probablement de nature carnée, la conservation étant assurée par du sel produit localement, en fond de baie. L’un d’entre eux avait été découvert sur la commune, mais malheureusement détruit. (cf fiche 08.01.02)


Période Gallo-romaine

La présence des gallo-romains s’étend sur tout le territoire de la commune. Une quinzaine de sites ont été répertoriés par le Service Régional d’Archéologie, sur la base de céramiques, objets divers, tegulae (tuiles épaisses), pièces de monnaies, substructures et photographies aériennes. Cet inventaire concerne les sites de Crémur, l’Hôtellerie, le Crapond, Bonabri, Bourboutel, Bellevue, le Clos Cotte, La Côte, Le Tertre Piquet, Carquitté…etc.

Céramique gallo-romaine clé en bonze tegulae

1 : Céramique gallo-romaine de Crémur
2 : Clé en bronze, tête de statuette Crémur
3 : Tegulae

La commune était traversée par plusieurs voies romaines, la principale reliant Corseul (Fanum Martis) à Carhaix (Vorgium), anciennes capitales des Coriosolites et des Osismes, peuples gaulois. Cette voie passait par Licellion.

Principales voies gallo-romaines en Armorique

Principales voies gallo-romaines en Armorique

Bien évidemment, tous les sites archéologiques identifiés à Hillion étaient reliés les uns les autres, et avec les voies principales. Les voies secondaires représentées sur la carte ci-après peuvent être considérées pour certaines comme probables, pour d’autres comme plausibles.

En cours d’élaboration : carte des zones archéologiques gallo-romaines de la commune de Hillion

Dès le milieu du XIXe siècle, des pièces de monnaies ont été découvertes en plusieurs endroits de la commune. Ces décou­vertes se sont poursuivies au XXe siècle. Malheureusement les lieux de dé­couvertes n’ont été que rarement signalés. Sur la base des noms des empereurs romains, ces pièces ont été classées par ordre chronologique. Ce classement laisse à penser que la civilisation gallo-romaine a commencé à Hillion au début du Ier siècle, et s’est poursuivie jusqu’au début du IVe siècle, avec une apogée au IIIe siècle. Cf fiche 11.03.02.

pièce de monnaie romaine (Claudius II le Gothique)

pièce de monnaie romaine (Claudius II le Gothique) du type trouvé à Hillion

Le site de la Grandville est le plus important (cf fiche 08.02.01). Il est aujourd’hui interprété comme une partie probable d’un vicus portuaire qui comportait un établissement thermal. Un vicus est une agglomération secondaire regroupant des habitations, de l’artisanat, des commerces, des services. Sur le site de la Grandville des vestiges de poteries et tegulae ont été observés sur une zone assez importante, allant de la mer à la route de Morieux. La présence de thermes, inhabituels dans des agglomérations secondaires, atteste l’importance du site, ainsi que les découvertes dans les environs de dallages de marbre et de plaques sculptées ornées de monstres marins.

Villa gallo-romaine

villa gallo-romaine

L’économie de ce vicus était basée sur les activités maritimes qui devaient donc être florissantes pour entraîner une telle prospérité. Ces activités étaient basées sur la pêche, mais probablement davantage sur la production de pourpre (cf fiche080204) à partir de l’exploitation de coquillages nucella lapillus dont un amas important a été découvert par P. Lamoureux et J-H Clément et analysé en 1992. L’extraction du suc tinctorial est assez délicate. La teinture directe de tissus et de peaux semble avoir été la technique la mieux adaptée.

     

1 : Pourpre
 

Sites de production de pourpre en Armorique

Il semblerait, au vu des objets trouvés et des fouilles effectuées, que ce village gallo-romain se soit développé entre le début de notre ère et le IIIe siècle. L’année d’abandon pourrait se situer vers l’an 275. Cette date est voisine de l’abandon de divers établis­sement côtiers gallo-romain (dont celui des Sables d’Or en Fréhel). Le premier bâtiment fouillé à la Grandville porte des traces d’incendie, comme nombre de bâtiments de la frange littorale (Yffiniac, Port Aurel), laissant supposer que les envahisseurs barbares (saxons) venus de la mer ont contribué à la fin de la civilisation gallo-romaine dans la région.


La Bretagne des premiers siècles : du IVe au XIe siècles

Comme pour la période allant des origines à la fin de la période gallo-romaine, les éléments concernant l’histoire de la commune de Hillion peuvent conduire à de nombreux développements. Nous avons choisi de ne présenter ici que les éléments essentiels permettant de connaitre, de la fin de la période gallo-romaine jusqu’au XIe siècle, quelle a été la vie sur le territoire de la commune.
Pour ces périodes reculées, les sources d’informations sont rares, fragmentaires, parfois partiales, et souvent écrites très postérieurement aux évènements décrits. Il convient donc d’être prudent dans la présentation de cette Bretagne des premiers siècles et de ce que nous pouvons connaitre de la vie à Hillion pendant cette période.
Pour rendre compréhensible les faits qui se sont déroulés à Hillion, illustrés par une iconographie, nous nous sommes appuyés sur les conditions régionales, et parfois même nationales, dans lesquelles ces faits s’inscrivaient. Il ne s’agit cependant pas de présenter une monographie exhaustive sur ce que nous connaissons de ces périodes, ce sera l’objet de travaux ultérieurs qui prendront également en compte les recherches que notre association continue d’effectuer.

La disparition de la civilisation gallo-romaine & le début de l’installation des Bretons

Au IVe siècle, on distingue la Bretagne (actuellement Grande-Bretagne) habitée par des peuples celtes et en particulier des Bretons puis progressivement, à partir de la fin du IV° siècle par des Angles et des Saxons (qui deviendront les Anglosaxons), et l’Armorique (Bretagne actuelle) habitée par les peuples gaulois plus ou moins romanisés.

Situation générale de l’empire romain au IVe siècle

Dès le IIe siècle, l’empire romain est soumis à des incursions barbares, qui sont repoussées sans trop de difficultés. L’empire à son apogée couvre un territoire immense, de l’Occident au Moyen-Orient, ceinturant toute la méditerranée (Mare Nostrum). Aux IIIe et IVe siècles, la pression des peuples dits barbares s’accentuant de plus en plus, l’empire est fréquemment envahi, principalement sur ses frontières extérieures, au Moyen-Orient et dans l’Est de l’Europe. Le ramollissement des moeurs à Rome, les querelles incessantes pour prendre le pouvoir facilitent ces percées et ces implantations qui fragilisent les routes commerciales, engendrent une grande insécurité, même pour les établissements les plus éloignés comme ceux d’Armorique, entraînant une grave crise économique.

Constantin, empereur de 306 à 337

Les raids des saxons et la surveillance des côtes nord de l’Armorique

En Armorique, les incursions des pirates saxons sont de plus en plus fréquentes et dévastatrices. On a exposé ci-avant, qu’à la Grandville en Hillion, comme dans d’autres lieux du littoral (Yffiniac, Port Aurel, Fréhel….) des traces d’incendie sur des vestiges archéologiques, datées de la fin du IIIe siècle, semblent attester de ces bouleversements.

Pour essayer de faire face à ces menaces, le pouvoir romain renforce le contrôle des côtes, crée de nouvelles voies plus proches du littoral, et met en place des groupes de soldats pour surveiller les mouvements en mer.

Il semblerait qu’il ait été fait appel à des troupes d’auxiliaires venus de Bretagne insulaire, notamment du pays de Galles et de Cornouailles. De par sa situation géographique particulière, il est probable qu’un groupe de soldats aient été positionné à la pointe de la presqu’île de Hillion.

costumes gallo-romains

Les découvertes de dépôts monétaires au Champ Oisel, et à Carquitté (environ 4 kg) laissent à penser qu’effectivement sous la pression d’évènements tragiques, de riches personnages n’ont eu que le temps d’enfouir leurs richesses monétaires pour les mettre à l’abri. Mais ils ne sont jamais venus les récupérer…

Une autre hypothèse, peut-être la plus plausible, est que le désordre général dans l’Empire ayant engendré une très forte inflation, les pièces de monnaies ne valaient plus rien, et leurs possesseurs les mettaient à l’abri dans l’espoir d’une remontée des cours. Les pièces de monnaies les plus tardives découvertes à Hillion sont datées du début du IVe siècle.

Par la suite, la dégradation de la vie économique, les troubles fréquents conduisent probablement à une modification forte du mode de vie.

Suite : La disparition de la civilisation gallo-romaine & le début de l’installation des Bretons

Les vétérans de la XXe légion romaine de Bretagne s’installent en Armorique

Au IVe siècle, La Bretagne insulaire (Britannia) est divisée en quatre provinces où séjournent trois légions. Les Bretons ont tout d’abord été sujets des romains, puis, en vertu de l’Edit de Caracalla, ils deviennent citoyens romains en 212.

Le pouvoir central à Rome étant faible après la mort de Valentinien Ier en 375, et les troubles persistant dans l’empire, les légions romaines de Bretagne (composées probablement, principalement d’autochtones) élisent comme empereur leur général Magnus Clemens Maximus. Celui-ci, débarque en Gaule avec la XXe légion pour prendre le pouvoir. Militaire aguerri, il s’impose rapidement, vainc l’empereur Gratien qui est tué.

Il s’ensuit une longue période de luttes pour le pouvoir, au début favorable à Maximius, puis le vent tourne et il est vaincu, fait prisonnier et mis à mort.

Le devenir des légions bretonnes suscite des interrogations tant pour les observateurs du IVe siècle que pour les historiens actuels. Nennius (moine gallois du IXe siècle) écrit dans Historia Brittonum : "II (Maxime) refusa de renvoyer en Bretagne à leur femme, enfants et pays, les soldats qui l'avaient accompagné, mais leur donna de nombreux districts depuis le sommet du mont Jovis jusqu'à la ville de Quentovic, et jusqu'aux confins de l'Occident, où se trouve Cruc Ochidient. Car les Bretons d'Armorique, qui sont outremer, y arrivèrent avec le tyran Maxime en campagne et, depuis, refusèrent de revenir ".

Magnus Maximius, empereur usurpateur, puis légitime

L’interprétation qui est faite des différents textes est, qu’après sa prise de pouvoir, Maximius récompense ses légions en leur octroyant en 384 des terres en Armorique, territoire connu de nombre de Bretons insulaires envoyés pour la surveillance des côtes, et en vis-à-vis de la Bretagne.

L’amnistie décrétée par Théodose (empereur d’Orient, vainqueur de Maximius) confirme la possession des territoires dévolus.

Selon les recherches effectuées par Jean-Claude Even (Kavell ar vro), le territoire mentionné par Nennius va de Hillion à la pointe occidentale de l’Armorique, avec pour limite sud Kerchouan, point culminant de partage des eaux situé au sud-ouest de Quintin.

Selon cette hypothèse, l’implantation des premiers bretons en Armorique daterait donc du IVe siècle, donc peut-être à Hillion.

 

    Manuscrit de Nennius      Manuscrit de Nennius

 


Les premiers siècles de la Bretagne, en particulier à Hillion

La migration bretonne s’intensifie en Armorique

A la fin du IVe siècle, sous la poussée des Huns, les peuples de l’est du Rhin envahissent l’empire romain: Goths, Vandales, Francs, Ostrogoths, Saxons, Burgondes…. L’empire se disloque, l’armée romaine de Bretagne, après avoir appelé en renfort des supplétifs saxons pour contrer les Pictes et les Scots, abandonne la Bretagne au début du Ve siècle. Des clans bretons émigrent vers l’Armorique, où ils sont certains de trouver des habitants proches d’eux par les coutumes et la langue, car les relations ont depuis toujours été étroites entre les peuples des deux côtés de la Manche.

invasions barbares

Les grandes invasions des peuples dits barbares

Vers le milieu du Ve siècle, les Angles et les Saxons envahissent la Bretagne, repoussent les Bretons vers le Pays de Galles et la Cornwall, provoquant une nouvelle migration vers l’Armorique, plus importante que les précédentes. Elle est organisée par les chefs de clans et l’Eglise, notamment par les sept saints fondateurs. L’île de Bretagne devient la Grande-Bretagne, et l’Armorique devient progressivement la Bretagne.

migrations bretonnes

L'émigration bretonne en Armorique

La migration bretonne s’intensifie en Armorique

La Vita Briocii, écrite au cours du XIe siècle par un moine angevin, est une hagiographie de saint Brieuc. Albert Le Grand, reprend cette source en 1636 et décrit l’arrivée du moine Brieuc et de ses compagnons dans le territoire de l’actuelle ville de saint Brieuc.

« (Il)nasquit en la Province de Cornoüaille Insulaire (maintenant nommée la Principauté de Walles) en la Grande Bretagne. choisissant quatre-vingt-quatre Moynes de ce Monastere (…) , il s'embarqua,et (…) rengeant la Coste jusqu'au Havre de Cesson, maintenant nommé le Legué, qui est le Havre de S. Brieuc, où ayant pris terre, il se mist à considérer l'assiette & situation du lieu, lequel trouvant un séjour agreable, il entra dans une forest là prés(…).

Ils furent aperceus par un Chasseur, domestique du Comte Rigual, qui demeuroit lors dans un sien Manoir prés cette forest. (…), Rigual, le connoissant, s'écria : « Quoy ? c'est Brieuc, mon Cousin! ».(….) & en reconnoissance de cette faveur, luy donna ce sien Manoir, avec toutes ses apartenances, pour s'y accommoder & ses Religieux.»

Débarquement de bretons

Dans son ouvrage monumental « Histoire de Bretagne » (Tome1-1905), Arthur de la Borderie estime que « la Vita Briocii est déparée par des transpositions évidentes et des interpolations grossières».

Dans son texte ou se côtoient traduction et commentaires, il mentionne que « Brioc fait boire à Rhigall de l’eau fraîche bénite à son intention, qui lui enlève aussitôt toutes ses douleurs. Rhigall, par reconnaissance et pour retenir Brioc auprès de lui, lui donne son manoir du Champ du Rouvre et tout le plou qui en dépendait s’étendant jusqu’à la rivière l’Urne. Lui-même se retire dans l’autre division de son domaine comprise entre l’Urne et le Gouëssan, formant le plou d’Helion (aujourd’hui Hillion). Rhigall avait là un autre manoir, élevé peut-être sur les ruines d’une ancienne villa romaine appelée Vetus Stabulum (Vieille Etable). Quand le comte, chef du plou, y fixa sa résidence, le nom changea : ce lieu devenant le siège de l’autorité qui régissait le plou d’Helion, fut nommé désormais la cour de justice d’Helion, Aula helioni, en breton Lis-Helion. Ce nom subsiste encore dans un village de cette paroisse et marque ainsi pour nous, après quatorze siècles, le séjour du vieux Rhigall.»

Légende de Saint Brieuc et les loups

Si Arthur de la Borderie fait des réserves sur l’authenticité de certains faits rapportés par l’auteur de la Vita Briocii, il ne remet pas en question la majeure partie du récit, hors ce qui relève manifestement de la légende, comme certains miracles. Les recherches effectuées ultérieurement par René Couffon (« Essai critique sur la Vita Briocii » - 1968), par J-C Poulin (« L’hagiographie bretonne du Haut Moyen-Age » - 2009), et d’autres auteurs, apportent de sérieuses réserves sur la véracité des faits exposés, notamment en raison de l’écriture très postérieure aux faits, à des invraisemblances et à des emprunts manifestes provenant d’autres Vies de saints, mieux établies. On retiendra seulement que des éléments sont probablement indubitables, comme l’origine galloise de saint Brieuc (Brioccius, Briomaglus selon le texte initial), sa probable arrivée au VIe siècle avec la migration bretonne, l’implantation antérieure d’autres migrants d’origine galloise, que l’actuel nom de Licellion (Lis-Helion) atteste. Le terme lis en vieux breton, provient du mot gallois llys. Ces mots ont plusieurs sens : résidence seigneuriale, cour de maison (dans le sens figuré « de puissance d’un prince », de cour de justice). Ces textes plaident fortement pour une origine galloise de Hillion. L‘analyse étymologique faite par Pierre Hillion dans son livre « Bretons de la bataille d’Hastings – Hillion, une famille, un village » (2015) semble apporter une confirmation de l’origine galloise du nom de Hilion qui signifie « les descendants », « ceux de la même race », marquant le territoire des premiers migrants. Voir la rubrique « Toponymie » pour plus de détails.

statue de saint Brieuc

Statue de saint Brieuc en bois polychrome du XVIe siècle - église saint Jean-Baptiste 

 

Suite : Les premiers siècles de la Bretagne, en particulier à Hillion

La christianisation en Bretagne et à Hillion

Lors de la période gallo-romaine (du Ier siècle au début du IVe siècle, cf Fiche 11.03.02), du fait de la faible romanisation de l’Armorique, les cultes religieux anciens (druidiques), ont continué de perdurer en parallèle au culte des dieux romains. La christianisation n’a pas atteint les Côtes d’Armor durant cette période. Ailleurs en Armorique, une chrétienté est attestée au IIIe siècle à Nantes. L’église de Rennes semble avoir existé au Ve siècle, ainsi que celle de Vannes.

moinesBretagne  insulaire

 

Les invasions barbares à la fin du IVe siècle, et surtout au Ve siècle conduisent à la migration de Bretons christianisés à partir de la Bretagne insulaire, organisée par les clans et l’Eglise. Cette migration s’est donc traduite par la christianisation de l’Armorique, et Hillion ayant été l’un des premiers territoires accueillant cette migration, on peut penser qu’un lieu de culte, sans doute très modeste, simple chapelle construite en bois, a été créé sur la presqu’île à cette époque.

La religion majoritairement pratiquée par les autochtones était la religion druidique. Comme partout dans le monde, pour que la christianisation puisse se faire et s’implanter durablement, l’Eglise a utilisé les anciens lieux de cultes locaux, et utilisé les fêtes en vigueur pour les transformer en fêtes chrétiennes.

Ainsi, nombre de chapelles, églises et oratoires ont été créés sur d’anciens sites druidiques, la fête des morts de Samain est devenue la Toussaint, la fête du solstice d’été consacrée le 21 juin à Bélénos, dieu de la lumière, est devenue la saint Jean (le Baptiste)…etc. Et le culte de certains saints a remplacé celui de dieux et déesses gauloises : saint Anne en place de Anna en est l’illustration.

 Moines évangélisateurs (source: histoiredeschretiens.over-blog.com)

Les évangélisateurs étaient des moines et des prêtres à l’origine des premières paroisses (plou en breton) et d’ermitages (lan en breton). Dans la région actuelle de saint Brieuc, les premières paroisses connues sont celles de Ploufragan (le plou de Fragan, parent de Winwaloe ou saint Guénolé), de Planguenoual (Plou de Conwall). La paroisse de saint Brieuc est un démembrement de celle de Ploufragan, créée sur la base du monastère qu’aurait construit le saint.

diocèses bretons fin Ve siècle Les diocèses bretons à la fin du Ve siècle 

L’évêché de saint Brieuc aurait créé en 848-849 par Nominoë, roi des bretons. Il n’existe pas d’information sur date de la création de la paroisse d’Hillion. La première église connue est l’église romane construite à la fin du XIe siècle, peut-être sur l’emplacement d’une église primitive en bois.

Ronan : un saint emblématique de la Bretagne à Hillion

Ronan serait un moine irlandais ayant débarqué en Armorique au VIe siècle. Son premier contact aurait été l’île de Molène (dont l’église lui est dédiée). Il se serait établi tout d’abord à Saint Renan (dans le Léon), puis à Locronan (Loc de Ronan, ou terre sacrée de Ronan). Les hagiographies de saint Ronan contiennent de nombreux faits miraculeux pour l’édification des fidèles. Au-delà de ces récits, on peut déceler que l’action de Saint Ronan aurait été orientée vers la christianisation d’une population pratiquant encore le druidisme, et le fameux différend avec une femme nommée Keben serait l’illustration de la difficulté de cette christianisation. Chassé de la région de Cornouailles, il se serait établi à Hillion, dans un lieu qui, jusqu’au XVIIe siècle s’est appelé Saint Ronan. Ayant construit un ermitage sur le site de l’actuelle église saint Ronan, il y serait mort. Son corps a été transporté à Locronan.

 Eglise de Locronan: médaillon de la chaire à prêcher (source Wikipédia)

Le site où aurait vécu saint Ronan a suffisamment marqué les esprits de la population pour que perdure à travers les siècles une dévotion marquée à son intention. Le fait suivant l’illustre : au XIXe siècle, la chapelle qui lui était dédiée étant trop petite, fut remplacée par l’église actuelle. Lors des travaux, on découvrit sous le dallage du chœur environ 200 crânes, signe de l’attachement à se placer sous la protection d’un évangélisateur hors du commun.

Fin : Les premiers siècles de la Bretagne, en particulier à Hillion

Fondation de la Bretagne

Les Bretons étendent leur territoire et envahissent la région de Nantes en 587, et probablement celle de Rennes en 594. Le roi breton Judicaël attaque les Francs en 613-616, la trêve qui est déclarée définit les premières frontières entre les Bretons et les Francs. Au cours des siècles suivants, les guerres se succèdent entre Francs et Bretons.

Pendant les siècles ayant suivi la deuxième vague de migration bretonne, l’extension en Armorique s’accompagne par une utilisation large de la langue bretonne qui coexiste de façon plus ou moins prononcée avec le gallo à l’Est. A Hillion, la langue bretonne semble avoir été parlée jusqu’au XIIIe siècle, voire au XIVe siècle.

La toponymie est révélatrice de cette utilisation dans le territoire de Hillion où les noms de lieux d’origine bretonne représenteraient environ 40%, taux sensiblement plus important que celui des communes avoisinantes, indiquant une implantation plus forte de la migration bretonne sur la commune.

langue bretonne Glissement vers l'ouest de la frontière linguistique entre le IVe et le XXe siècles 

Louis le Débonnaire impose Nominoë comme gouverneur de Bretagne vers 825. Celui-ci reste fidèle au roi Franc jusqu’à la mort de celui-ci en 840. Puis il reconquiert le comté de Nantes, et les troupes bretonnes s’installent solidement dans les villes de Rennes et de Nantes, fixant les limites historiques de la Bretagne. Nominoë meurt en 851, et est considéré comme le fondateur de la Bretagne.

Apprenant sa mort, Charles le Chauve envahit la Bretagne. Il est vaincu par Erispoë, fils de Nominoë. Le Traité d’Angers conclut en 851 reconnait le rattachement à la Bretagne des territoires voisins de Rennes, de Nantes et de Retz.

bretagne au IXe siècle  La Bretagne au IXe siècle 


La présence des Vikings en Bretagne, dans la région de Saint Brieuc

Les raids et les implantations

   Invasions vikings   Raid viking (source : http: quercus.calablog.com)

Dès 843, les Vikings commencent leurs raids sur la Bretagne, attaquant Nantes qui est incendiée. Après une période de prospérité sous le roi Salaün (saint Salomon) qui meurt assassiné, une période tourmentée s’installe, à laquelle met fin Alain le Grand qui réussit à unifier les Bretons et à battre les Vikings à Questembert en 888. A sa mort (en 907), la situation devient instable avec des querelles de clans et la recherche du pouvoir par les grandes familles de Rennes, Nantes et Cornouaille. Les Vikings profitent de cette situation chaotique pour renforcer leurs attaques. Si les raids vikings sont restés dans la mémoire comme synonyme de tueries, de pillages et de destructions de villes et monastères, tous les envahisseurs n’ont pas ce comportement de conquérants. Nombre d’entre eux sont des commerçants avisés qui s’installent durablement dans plusieurs régions. Au sud de la Bretagne, à Nantes, Noirmoutier et Groix. Au nord de la Bretagne dans le Léon, à Tréguier, à Saint Brieuc et à Dol.

implantations vikings Implantations vikings en Bretagne 

La carte fait apparaître que toute la côte nord de la Bretagne, du sud Goëlo à l’Est du Penthièvre, fait l’objet d’une colonisation éparse, avec un point d’appui fort au camp de Péran (Plédran), site important pouvant accueillir quelques centaines d’hommes.

 Monnaie viking du camp de Péran

Hillion reste sous la domination viking pendant plusieurs décennies. La toponymie indique que cette implantation a laissée durablement des traces : entre autres, clos Cotte (signifiant « petite maison »), Lermot (signifiant « lieu de rassemblement »). Dans une moindre mesure, l’étymologie de noms de familles actuels est révélatrice d’une bonne intégration de certains vikings parmi la population locale. Le nom Thoraval (du nom du dieu Thor, et du substantif vald signifiant puissance) est particulièrement significatif. Cela veut dire que cette implantation fut non seulement durable, mais souvent une colonisation pacifique pour pouvoir y laisser de telles traces, traces particulièrement sensibles sur la côte nord de Bretagne, sur les îles notamment.

guerrier normand Guerrier normand du VIIe siècle, d'après Strutt, tiré d'un manuscrit anglais 

Il est probable que le commerce se développa grâce à leur qualité maritime. Cette période semble avoir duré au moins une cinquantaine d’années.

Alain Barbe-Torte chasse les Vikings de Hillion

Les soulèvements sporadiques des Bretons ne parviennent pas à chasser les Vikings. Yann, abbé de Landévennec sollicite le jeune Alain Barbetorte (Alan al louarn), petit-fils d’Alain le Grand, qui s’était exilé en Angleterre, pour délivrer la Bretagne. Alain débarque sur la côte de Dol avec une troupe de guerriers en 936, et reçoit le renfort d’une petite armée levée par Yann de Landévennec. Il commence la reconquête, chassant les Vikings de la région de Dol, puis immédiatement, il reprend la mer et attaque les Vikings de la région de Saint Brieuc qu’il chasse de ce territoire, et donc de Hillion. Il poursuit ses actions victorieuses à Plourivo, puis à Nantes, délivrant l’ensemble de la Bretagne. Il y est proclamé duc, c’est-à-dire « meneur », titre prenant la place de roi. Il devient ainsi le premier duc de Bretagne. Les Vikings (ou Normands) sont définitivement chassés de Bretagne en 939, après une ultime bataille à Dol.

   Alain Barbe Torte Alain Barbe-Torte (source:: http: gwendalazzara.canalblog.com)

Le renouveau de la Bretagne

Naissance du duché de Bretagne

A la mort d’Alain Barbetorte en 952, la Bretagne est soumise pendant quelques décennies de turbulences liées à la succession entre les fils naturels et légitime d’Alain. Les bretons sont de nouveau unifiés sous l’autorité de Geoffroy, fils de Conan le Tort, en 995, qui prend le titre de duc. Alain III lui succède, et une guerre fratricide se déclare entre lui et son frère Eudon qui obtient le fief de Penthièvre s’étendant jusqu’à Tréguier.

costumes Costumes de paysans, ouvriers et bourgeois (source: "La France pittoresque") 

L’avènement de la chevalerie à Hillion

Les exilés bretons qui s’étaient réfugiés en Grande-Bretagne et en France pendant la période d’anarchie et d’occupation normande reviennent en Bretagne avec une nouvelle notion, le féodalisme, abandonnant les anciennes coutumes fondées sur des liens réciproques d’obligations.

Les paysans qui vivaient libres et indépendants voient se renforcer des liens de dépendance personnelle envers le plus riche des propriétaires foncier qui devient peu à peu un chevalier pétri de principes différents.

L’apparition de la chevalerie va de pair avec la création de mottes féodales. Celles-ci sont souvent constituées d’un tertre artificiel en forme de cône, d’une hauteur de 5 à 7 mètres, d’un diamètre pouvant varier de 20 à 30 mètres, surmonté d’une tour en bois fortifiée. Ce tertre est entouré d’un système plus ou moins élaboré de talus et de douves. Selon Henri Frottier de la Messelière, il aurait existé au moins une motte féodale à Hillion, au lieu dit « La Motte Verte », à proximité du centre bourg actuel.

Cette hypothèse est renforcée par la présence avérée à Hillion des chevaliers de Hillion, et peut-être d’autres chevaliers, au cours du XIe siècle, comme il est exposé ci-après.

motte castrale Motte castrale (source: passion médiévale.com) 

La Bretagne est souvent troublée par une jeunesse guerrière prompte à se battre et à vivre de rapines. Des exutoires sont nécessaires pour calmer son ardeur. La conquête de l’Angleterre puis les croisades lui offrent des opportunités.

chevalier chevalier XIe siècle 


Hillion : du XIe au XIIIe siècles

A partir du XIe siècle, les sources écrites sont un peu plus nombreuses, quoique bien rares jusqu’au XIVe siècle. Le premier écrit mentionnant un hillionnais, en la personne de Hervé de Hillion, compagnon de Guillaume le Conquérant, date de 1087. Les autres écrits, épars et fragmentaires, concernant Hillion, proviennent essentiellement des cartulaires1 des abbayes de Boquen, de saint Aubin des Bois et de saint Melaine (Rennes).
Comme pour les périodes précédentes, nous avons souhaité rattacher les quelques fragments relatifs à l’histoire de Hillion au contexte local et régional sans lequel on ne peut retracer et comprendre l’histoire de Hillion.
Nous avons cherché à illustrer cette période par une iconographie locale ou régionale, et parfois même nationale, afin d’illustrer les faits dans lesquels les récits s’inscrivaient, afin de les rendre plus compréhensibles. Il ne s’agit cependant pas de présenter une monographie exhaustive sur ce que nous connaissons de ces périodes, ce sera l’objet de travaux ultérieurs qui prendront également en compte les recherches que notre association continue d’effectuer.

1 cartulaire : ensemble de documents relatifs aux biens et droits concernant l’histoire ou l’administration, pour en assurer la conservation et en faciliter la consultation. Concerne souvent les abbayes.

Un début militaire structurant

Les relations des Bretons avec les Normands

En ce début de XIe siècle, malgré les unions entre les familles régnantes, les relations entre la Bretagne et la Normandie restent très tumultueuses. Pourtant c'est bien la Normandie qui se trouvera au cœur des événements de ce XIe siècle breton, des événements qui auront des incidences majeures en Penthièvre, dans la châtellenie de Lamballe, mais aussi dans la seigneurie de Hillion.

Certes, au début de ce siècle Geoffroy (duc de Bretagne de 992 à 1008), pour consolider son alliance avec son puissant voisin, parvint à obtenir la main d'Havoise, fille de Richard "Sans Peur", duc de Normandie (930-996), et sœur de Richard II (996-1026). Geoffroy négociera même quelques années plus tard le mariage de sa propre sœur, Judith de Bretagne, avec Richard II. Les deux ducs sont donc alliés plus que jamais... et doublement beaux-frères. Alliances purement stratégiques.

À la mort de Geoffroy, en 1008, son fils Alain n'est âgé que de 10 ans, c'est donc sa mère, Havoise, issue d'une influente famille de la noblesse viking, qui deviendra duchesse douairière de Bretagne, régente pour son fils mineur. La tentation est grande pour la Normandie, de plus en plus puissante, de mettre enfin la main sur la Bretagne vulnérable. Le fils de Richard II, Robert 1er, exige d'ailleurs un serment de fidélité d'Alain III. Un conflit s'en suivra, mais heureusement pour Alain, Robert dit "le Diable" meurt en 1035, ne laissant qu'un seul héritier âgé de 8 ans : Guillaume le Bâtard, qui devra très tôt endosser le lourd manteau ducal.

guerriers fin XIe siècle Guerriers fin du XIe siècle 

La naissance du Penthièvre

Quand Havoise disparaît à Rennes, en 1034, des dissensions surgissent dans la maison régnante bretonne, entre Alain III et son frère cadet, Eudes. Celui-ci finit par obtenir un immense domaine dans le nord de la Bretagne, qui deviendra, vers 1035, le comté de Penthièvre (en gros "entre Rance et Trieux"), comprenant donc la châtellenie de Lamballe, résidence principale du comte Eudes. (incluant la paroisse de Hillion).

1035. Alain III estime que l'heure de la revanche a sonné. Il est petit-fils, par sa mère Havoise, du duc Richard 1er, et affiche désormais ses prétentions sur la Normandie. Il déclare avoir été désigné tuteur du petit Guillaume par feu Robert "le Diable" et lance ses troupes en Normandie pour s'imposer. Hélas pour lui, c'est lors d'un de ces combats qu'il trouvera la mort en 1040 à Vimoutiers, près d'Argentan. Son fils, Conan II, n'a qu'une dizaine d'années. Trop jeune pour régner.

C'est logiquement que le frère cadet d'Alain, Eudes, prend alors le pouvoir en Bretagne, en réaffirmant, comme son frère disparu, ses droits de succession sur la Normandie. Il sera battu par l'armée du jeune Guillaume à la bataille de Val-ès-Dunes, près de Caen, en 1047.

Eudes Eudes( ou Eudon ) - Source "monnaies féodales de Bretagne" 

Une défaite qui va affaiblir Eudes, poussé vers la sortie par la haute noblesse bretonne, estimant qu'à 17 ans, le jeune Conan II peut désormais régner. Eudes se replie donc, en attendant sa vengeance, dans son apanage du Penthièvre, laissant les rênes du duché (sans le Penthièvre) à son neveu.

Celui-ci va poursuivre le combat contre le jeune duc Guillaume qu'il tient pour un "usurpateur", comme le répétait Alain, son père. Les "incidents de frontière" entre la Bretagne et le duché normand se multiplient, Conan lance un ultimatum à Guillaume… qui a d'autres chats à fouetter : il vient de traverser la Manche, et remporte, le 14 octobre 1066, la fameuse bataille d'Hastings et devient Guillaume le Conquérant, à la fois roi d'Angleterre et duc de Normandie. Conan n'a pas eu le temps de déclencher les hostilités, il meurt empoisonné - mystérieusement - le 11 décembre 1066.

De son côté - vengeance contre son neveu Conan ? - le comte Eudes a pris le parti de Guillaume.

Suite : Un début de millénaire structurant

Des Hillion à la bataille d'Hastings

(Source : livre "Bretons de la bataille d'Hastings/Hillion, une famille, un village". Auteur : Pierre Hillion. 2015)

Des centaines de Bretons, ce samedi 14 octobre 1066, participent en effet à la bataille d'Hastings, puis à la conquête de l'Angleterre, au service de Guillaume.

Il y a là les seigneurs de Dinan, de Fougères, de Vitré, de Dol-Combourg, de Gaël… mais aussi les Penthièvre, dont les deux fils du comte Eudes : Brien et Alain "le Roux", lequel est désigné pour commander sur le champ de bataille la division des Bretons, Manceaux, Angevins et poitevins.

  Tapisserie Bayeux   L'armée anglaise encaisse la charge de la cavalerie normande (Tapisserie de Bayeux)

Eudes de Penthièvre, on l'a dit plus haut, régnait, entre autres terres, sur la châtellenie de Lamballe, dont dépendaient les seigneurs de Hillion, vassaux directs des Penthièvre. Il était donc normal - pour ne pas dire obligatoire - que les Hillion suivent leurs seigneurs dans l'épopée anglaise de Hastings et de ce qui s'en suivit.

Parmi ces mercenaires bretons, en effet, comme le révèlent les anciens manuscrits - et notamment le Domesday Book -, un certain Hervé de Hillion, mais aussi Tihel de Hillion, ont combattu à Hastings, avant de recevoir des terres et de s'installer en Angleterre sur plusieurs générations.

Le nom de Herveius de Helion mentionné dans le fameux Domesday Book conservé depuis 1087 en Angleterre, vient au passage rappeler l'orthographe bretonne du mot Hillion, patronyme et toponyme. Une orthographe bretonne que l'on retrouve dans d'autres documents anciens sur l'histoire de Hillion cités notamment par les historiens de référence de la Bretagne comme Dom Morice ou Dom Lobineau.

Par les hasards et les fortunes de l'Histoire donc, la mention la plus ancienne de Hillion, ne se trouve non pas en Bretagne, mais en Angleterre.

L’église romane de Hillion (fin XIe siècle)

La construction de l’église saint Jean-Baptiste date de la fin du XIe siècle. Elle suit donc de peu la conquête de l’Angleterre. A l’instar de l’érection de nombreuses églises en Normandie après cette conquête, on peut faire l’hypothèse que c’est l’enrichissement soudain des chevaliers de Hillion (notamment Hervé et Tihel) qui a conduit à la construction de l’église. Le principe architectural retenu plaide également pour cette hypothèse. Il correspond en effet à un style normand, avec tour-clocher implantée à la croisée du transept. Cette tour ayant servi de guet pendant la guerre de succession de Bretagne est donc antérieure à la transformation de l’église à la fin du XIVe siècle, et a donc été intégrée à l’église romane. (cf fiche 02.01.01).

eglise romane Eglise saint Jean-Baptiste de Hillion 


Aperçu de la vie économique à Hillion

Des moines en aval du Gouessant

La présence de moines en aval du Gouessant, des Ponts Neufs à la mer, est attestée notamment par la toponymie des lieux relevée par différents auteurs. Selon les actes de l’abbaye cistercienne de Boquen (1470 à 1583), un pont franchissant la rivière était dénommé « Pont aux Moines » (Geslin de Bourgogne, dans « Anciens évêchés de Bretagne »). L’historien François Habasque parle à l’embouchure du Gouessant de « Port aux Moines ». Par contre, les plans terriers de 1785 ne donnent pas d’information sur cette toponymie.

biens abbayes Biens ayant appartenus à des abbayes en aval du Gouessant  (Source: Guy de Sallier Dupin dans "Quelques réflexions sur le Gouessan" - Mémoires N°31 des ALP

Les cartulaires des abbayes de Boquen, Saint Aubin des Bois et Saint Melaine (Rennes), mentionnent dès le XIIe siècle des biens appartenant à ces trois abbayes sur la rive droite du Gouessant aval, mais sans mention très précise de sites. L’influence de l’abbaye de Boquen sur la paroisse de Morieux est importante. Il est fait mention que Rolland, chapelain de Morieux, « ne cherchera pas à percevoir la dîme devant revenir à l’abbaye ». Le nom de ce chapelain pourrait être à l’origine du nom de l’actuel Pont Rolland. L’influence de Rolland de Hillion sur de nombreuses terres de la région, notamment à Plédéliac et près de Boquen (cf ci-après) pourrait également être à l’origine du nom du pont actuel.

Le Pont Rolland serait-il le « Pont aux Moines » mentionné par Geslin de Bourgogne ? Certains auteurs le situeraient plus en aval. Ce positionnement est cependant plus difficile à concevoir en raison de la présence d’un port d’échouage et des variations de niveaux de mer selon les marées. La question n’est pas tranchée.

Les Ponts Neufs, lieu d’activités industrielles et commerciales importantes

Le caractère modeste de l’actuel village des Ponts Neufs ne reflète pas l’importance de ce site particulier au Moyen-Age, que la géographie et la topographie peuvent expliquer. Ce lieu est situé au point de franchissement du Gouessant par l’ancienne voie gallo-romaine (le « chemin ferré » des Plans terriers du Penthièvre), franchissement assuré initialement par un gué ou un pont qui pouvait être situé à la jonction de l’Evran avec le Gouessant (selon J-H Clément).

Ce pont en terrain humide submersible s’appelait «pont de la Noë» qui aurait évolué en « Pont Neuf ». Mais la construction d’un nouveau pont est probable, d’où l’appellation actuelle. C’est au niveau du chaos rocheux formant seuil sur le Gouessant que le duc Jean I construit vers 1237 une chaussée (digue) supportant une voie de passage dotée d’un pont pour le franchissement du cours d’eau, et créant un étang à l’amont.

Ce lieu de passage obligé permet de contrôler le transit des biens et personnes, d’affirmer la présence ducale et de percevoir des péages. En outre, le plan d’eau ainsi créé permet d’alimenter en eau de façon régulière les moulins à blé ou à foulons détenus par les moines, siège d’une activité économique importante. Autour de ces moulins et de cette chaussée se créé une activité commerciale et notamment des foires réputées. Les revenus de ces activités vont à la châtellenie de Lamballe.

                Le duc Jean I reconnait que l'étang créé par sa chaussée des Ponts Neufs inonde les moulins des moines


Des chevaliers à Hillion

Les chevaliers de Hillion au XIIIe siècle

Alors que la branche anglaise des Hillion prospère et s'épanouit outre-Manche depuis 1066, la première mention sur les Hillion de Bretagne, citée par les historiens, apparaît 150 ans plus tard et concerne Rolland de Hillion, en 1216, qui figure parmi les seigneurs faisant une donation à l'abbaye de Marmoutier (Tours).

Rolland de Hillion, qui porte le titre de "miles" (chevalier) réapparaît en 1219 dans un acte du cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois (Anatole de Barthélémy. Anciens évêchés de Bretagne) et dans autre acte de 1224 de la même abbaye dans lequel il confirme sa donation à l'abbaye d'une mine de froment sur ses dîmes de Plédéliac.

Grâce à une autre charte de ce monastère cistercien de Plédéliac on connaît aussi l'identité du père de Rolland de Hillion : Geoffroy Roussel de Hillion qui, dès 1224, occupait les fonctions de sénéchal de Lamballe. (Dom Morice).

Les anciens manuscrits évoquent aussi les mésaventures de Gui. de Hillion, blessé en mission dans l'escorte du duc de Bretagne, Jean V de Montfort. Ainsi que les nombreuses références à l'écuyer Guillaume de Hillion, à un archer nommé Lancelot de Hillion, à Jehan de Hilyon, noble seigneur de Hillion…

Dès le XIIIe siècle les Hillion portaient des armoiries, dont celles de Rolland de Hillion ("De gueule à une bande d'argent") reprises par la commune de Hillion en 1979, avec un rajout de trois hermines noires sur la bande d'argent.

Sceau de Roland de Hillion Sceau de Rolland de Hillion - 1276 

Tous ces Hillion cités dans les manuscrits (les autres, moins illustres, n'ont pas laissé de trace) appartiennent, pour la plupart, au monde guerrier de la chevalerie et apparaissent aussi, en tant que propriétaires terriens, dans les actes civils. Ils sont régulièrement présents aux "montres ou "monstres" (revues militaires) et figurent parmi les signataires des différents traités.

Rolland de Hillion, croisé avec Pierre Mauclerc

Les Bretons ne restent pas à l’écart des croisades dont la première, initiée par le pape Urbain II, commence en 1096. La Huitième expédition marquée par la mort de Louis IX est la dernière grande croisade. En dehors des grandes croisades numérotées par les historiens, de nombreuses autres croisades de moindre envergure ont lieu pendant près de deux siècles. Ainsi, Pierre Mauclerc, qui a remis le duché de Bretagne à son fils Jean, est chargé par le pape Grégoire IX de conduire l’armée des chrétiens en 1239, regroupant la noblesse de France. Il rassemble notamment autour de lui ses vassaux bretons.

On sait qu'à cette date, grâce à une charte de janvier 1234 de l'abbaye de Saint-Aubin des Bois (p.194 du cartulaire) que Roland de Hillion s'acquitte de ses dettes contractées auprès des prêteurs juifs. Le texte de ce manuscrit indique également qu'il hypothèque ses terres et ses dîmes de Plédéliac auprès des moines de l'abbaye de Saint-Aubin, et qu'il ne pourra pas acquitter ces dîmes avant huit années.

À cette époque, les bénéficiaires de ces prêts par les moines contre des gages en dîmes étaient "le plus souvent les laboureurs et les chevaliers partant pour la Terre-Sainte", précisent Anatole de Barthélémy et Geslin de Bourgogne dans "Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne" (1856).

Tout porte à croire donc que Rolland de Hillion planifiait un projet au long cours tel qu'un pèlerinage armé en Terre-Sainte. La fameuse croisade dite " des barons" qui prit fin en 1240.

combat de croisade Combat de croisade -source: Archives Nathan 

Rolland de Hillion revient de cette croisade. Il est fait mention de lui dans plusieurs actes, notamment datés de 1241 et 1242, concernant le moulin de Quilloury proche de l’abbaye de Boquen.

Les autres familles nobles de Hillion

D'autres familles nobles de Hillion, comme les Guéguen (cités plus haut), appartenaient également à la chevalerie bretonne. Leurs représentants étaient régulièrement présents aux montres, et la branche hillionnaise de cette famille, les seigneurs de la Villecolué et du Clos dans la paroisse de Hillion, portaient (sceau de 1504) : "D'argent à l'olivier de sinople; au franc quartier d'hermines, chargé de deux haches d'armes de gueules en pal". Un écu affichant sans ambiguïté que ces deux haches de combat, couleur sang (de gueules) avaient vu les contrées du bassin méditerranéen où poussent les oliviers, sur les routes des croisades vers Jérusalem.

blason des Gueguen Blason des Gueguen enchâssé dans un mur à Carbien 

Un miracle en 1327

Guillaume de Tournemine traversait à cheval la grève de Hillion en compagnie de deux amis. Alors que la mer montait, il s’engage dans la filière et menace d’être englouti. Il prie Yves Hélory, qui n’est pas encore Saint Yves et qui est décédé en 1303, mais dont l’action et le retentissement sont restés très célèbres et populaires dans notre région.

Il est sauvé et participe au procès de canonisation de Saint Yves, en tant que témoin.

La tradition populaire veut que pour ce miracle, Tournemine construisît une chapelle dédiée à son sauveur à cet endroit. Rien ne l’étaye dans son témoignage. Mais la chapelle des Marais porte bien le nom de St Yves (et Saint Mathurin).

témoignage Tournemine Témoignage de Guillaume de Tournemine au procès de canonisation de Saint Yves en 1331