Frise du temps, du Paléolothique à note aire

Hillion pendant la Guerre de succession de Bretagne

L’histoire de Hillion commence à se dessiner à cette époque grâce aux premiers documents écrits parlant de la ville ; Les Cronice Brioce ou les comptes de Gilles de Wyngreworth nous sont utiles pour comprendre et attester de l’importance de Hillion pendant la guerre de 100 ans. Les premiers écrits de la féodalité (montres, réformation, aveux) nous retracent aussi l’histoire économique et structurelle de la nouvelle paroisse.

Hillion, un territoire anglais

Hillion, un territoire « anglais »

En 1337 débute en France la Guerre de cent ans, et presqu’en même temps (en 1341) commence en Bretagne une guerre qui durera jusqu’en 1364 pour la succession du duché de Bretagne. Les deux prétendants sont, d’une part Jeanne de Penthièvre, nièce du duc Jean III qui vient de mourir sans enfant, d’autre part Jean de Montfort demi-frère de Jean III.

Cette double guerre sera la cause de la plus grande épidémie de peste noire du Moyen-âge en 1348. Malgré l’absence de registres de décès de cette époque, on peut penser qu’à l’instar de ce qui s’est passé dans toutes les villes de Bretagne, Hillion n’a pas été épargné.

Jeanne de Penthièvre, dont le mari est Charles de Blois, prétend être l’héritière légitime en raison de la Coutume de Bretagne qui veut que le successeur soit le plus proche parent de la personne décédée, qu’il soit homme ou femme. Jean de Montfort estime qu’en raison de la loi salique (qui privilégie les héritiers mâles), il est le seul successeur. Jeanne de Penthièvre est soutenu par les français grâce à son mari, Jean de Montfort est soutenu par les anglais. Il faut rappeler que les liens entre bretons et anglais étaient forts depuis la conquête de l’Angleterre en 1066, où les bretons y détenaient de vastes domaines dont l’Honneur de Richmond.

Dans le nord de la Bretagne, le parti de Montfort ne dispose que de peu de places fortes. Les anglais occupent Bécherel et aussi Hillion qui devient un lieu stratégique important jusqu’à la fin de cette guerre. Arthur de la Borderie écrit " En Haute-Bretagne, les Anglo-Bretons n'avaient que quelques places, mais fortes et dans des positions bien choisies pour gêner le parti adverse: au coeur même de l'apanage de Penthièvre, pour dominer la baie de saint Brieuc, Hillion, forteresse élevée par les anglais en regard de la tour de Cesson". Le château de Cabiche, forteresse médiévale attestée par le plan terrier (1785) à Saint René, situé entre le Cré et la rue du Châtel, pourrait être cette forteresse. Hillion est donc une place forte pour les anglais, et une compagnie dirigée par un capitaine y séjourne en permanence.

   Carte de succession de Bretagne Carte de la guerre de succession de Bretagne

L’église Saint Jean-Baptiste (Fiche 020101), de type roman, et de style normand, présente un caractère défensif marqué avec ses hauts murs éclairés par d’étroites ouvertures en partie supérieure, et par une tour située à la croisée des transepts. Cette tour sert aux anglais pour faire le guet face à la tour de Cesson située de l’autre côté de la baie, tenue par les gens de Charles de Blois.

  tour de l'eglise saint Jean BaptisteTour de l'église Saint Jean-Baptiste

 

Pour financer leurs troupes, les anglais mènent la « guerre des rançons » qui ravage le Penthièvre. C’est grâce aux comptes du trésorier de Bretagne, Gilles de Wyngreworth, que nous pouvons connaitre les rançons demandées aux paroisses du Penthièvre, dont Hillion ponctionnée pour une somme de 10 000 francs.

En 1364, Jean de Montfort (fils de celui qui avait commencé la guerre de succession, mort en 1345) remporte la bataille d’Auray qui est décisive, et devient le duc Jean IV. Mais le camp adverse poursuit les attaques, et les deux parties continuent de se combattre.

   cronice brioce Cronice Brioce

Olivier de Clisson est un grand seigneur partisan des Penthièvre, dont la tentative d’assassinat par le duc Jean IV a failli rallumer la guerre civile. Appuyé par des troupes françaises, il prend la ville de Saint-Brieuc, et s’y retranche, en particulier dans la cathédrale forteresse. Selon le Cronice Brioce d’Hugues Le Grand (1394), le duc Jean IV envoie une troupe de plus de 5 550 hommes à Hillion pour défier les troupes d’Olivier de Clisson en rase campagne. Ce dernier ne disposant que de 2000 hommes se garde d’aller au combat, et les troupes du duc se retirent.

A la mort de Jean IV, son fils Jean V règne sur la Bretagne. La paix s’installe mais est mise à mal par les ambitions des seigneurs de Clisson (héritiers des Penthièvre) qui s’emparent de Jean V en 1420. Celui-ci est libéré par une armée levée par sa femme. En représailles de cet enlèvement, le château et les murailles de la ville de Lamballe sont détruits. Il semblerait que ce soit également à cette date, et probablement pour la même raison, que le château de Cabiche ait été rasé (hypothèse à confirmer). En 1425, tous les domaines des seigneurs de Clisson leur sont confisqués. (Fiches 030301,210126, 210130)

Château de CabicheLocalisation du château de Cabiche sur le Plan terrier de 1787


Noblesse, châteaux et manoirs aux XIVe et XVe siècles

 

A ces événements tumultueux succéderont un siècle et demi de relative tranquillité qui favoriseront Hillion à l’époque d’une Bretagne florissante.

Les trois châteaux que compte la commune sont rénovés et embellis à cette époque : Les Aubiers appartenant à la puissante famille Dollo, Les Marais fief des De la Villeon, et Bonabry (qui a peu changé depuis le XVIème) appartenant en 1500 aux Le Nepvou.

Château de Bonabry  Château de Bonabry

A cette époque existait un autre château, aujourd’hui défini comme manoir, situé à Carbien, appartenant à la famille Bertho.

Les manoirs de Hillion sont tous construits ou rénovés aux XVème et XVIème siècle par des seigneurs locaux, propriétaires de nombreuses terres : La Ville Pépin au Vicomte du Fou, Les Portes qui appartenait aux De Pledran, la Porte Roy fief des Hillion, Les Etangues aux Leforestier, La Ville Pierre aux Lenoir, les Chauchix aux Roquet, et le manoir du Clos à la grande famille Guéguen.

(cf fiche 010101), (cf fiche 010102), (cf fiche 010103), (cf fiche 010201), (cf fiche 010202),(cf fiche 010203). (cf fiche 010204). (cf fiche 010205),(cf fiche 010206), (cf fiche 010207). (cf fiche 010208), (cf fiche 010209),(cf fiche 010210), (cf fiche 010211). (cf fiche 010212), (cf fiche 010214), (cf fiche 210213)

Un illustre évêque hillionnais

Un membre de cette famille, Guillaume Guéguen est évêque à St Brieuc de 1297 à 1302. Un autre Guillaume Guéguen, né au manoir du Clos, a un rôle très important dans l’administration de la Bretagne puisqu’il est secrétaire du duc François II et devient évêque de Nantes en 1488 où se trouve encore son tombeau. Il sera l’ambassadeur de la Bretagne auprès des rois Louis XI et Charles VIII. ( fiche 010301)

  En feu G Gueguen Enfeu de Guillaume Gueguen - cathédrale de Nantes 


La montre de 1480

La montre de 1480

L’administration bretonne réalise au XVe siècle des révisions des feux – des réformations générales (1426) ou particulières (1441...) – puis au XVIe siècle des enquêtes d’exempts de fouages (1513,1535).

Par ailleurs, les nobles et tenants de fiefs nobles devant le service militaire à leur suzerain (duc de Bretagne puis roi de France), l’arrière ban est convoqué régulièrement à cette époque lors de montres générales (1480, 1569...). Ces revues militaires se tiennent à Lamballe, Moncontour ou à Saint-Brieuc pour ce qui concerne cet évêché.

Cette publication (la montre) reprend les rôles confectionnés à ces occasions parvenus jusqu’à nous. Ils nous livrent de nombreuses informations d’ordre onomastique, généalogique et historique, notamment en faisant resurgir les patronymes et qualités des personnes (nobles, anoblis, contributifs), les noms des terres et

constructions (métairies, maisons, manoirs), l’armement et le niveau de revenu des sujets aux armes.

A Hillion on peut connaitre très exactement ces informations pour les 28 nobles de la paroisse. Ainsi Jean de Hillion a un revenu de 100 livres et est porteur d’une brigandine et d’une vouge. Henri Dollo a 20 livres de revenu et comparait en archer, et Olivier de Pledran qui n’a que 8 livres de revenus est porteur d’un paltoc et d’une jusarme. (cf fiche 210213). Ces armes sont présentées ci-après.

Afficher l'image d'origine 

Afficher l'image d'origine


Le rattachement de la Bretagne à la France et le XVIe siècle

Les premiers actes des registres paroissiaux parfaitement conservés pour Hillion ainsi que les contrats notariés très nombreux vont nous permettre de dessiner une carte « historique » de la paroisse, noms de personnes et noms de lieux, parfois disparus, ventes, organisation sociale, etc…, et faire entrer Hillion, non seulement dans l’histoire de la Bretagne, mais dans l’histoire de France.

Le rattachement de la Bretagne à la France et le XVIe siècle

Le rattachement de la Bretagne à la France

Le mariage d’Anne de Bretagne avec Charles VIII, puis celui qu’elle fit avec Louis XII conduisent de fait au rattachement de la Bretagne à la France. Il reste à le concrétiser juridiquement, ce qui est fait en 1532. L’Edit « garantissait les privilèges, droits et exemptions concédés par les ducs de Bretagne ». Il y eu donc peu de modification dans l’administration de la Bretagne. Hillion vit ainsi cette période sans événement majeur.

Comme dans beaucoup de paroisses bretonnes, les recteurs ne se précipitent pas pour appliquer l’article 51 de l’ordonnance de Villers-Cotterêts édictée par François Ier concernant la tenue du registre des baptêmes (1539), en français.

Edit de Villers Cotteret  Ordonnance de Villers-Cotterets

« Aussi sera faict registre en forme de preuve des baptesmes, qui contiendront le temps de l'heure de la nativite, et par l'extraict dud. registre se pourra prouver le temps de majorité ou minorité et fera plaine foy a ceste fin ».

Toutefois, les premiers registres de baptême à Hillion datent de 1565, les registres de décès et de mariages de 1649.

Nous possédons toutefois des informations sur la vie hillionaise de ce milieu du XVIème siècle grâce à un document : le contrat qui lie le recteur de l’époque Jacques Dollou et les paroissiens de Hillion en 1545 .(fiche 210221). On connait ainsi les habitudes de négoce entre eux le dimanche après la messe près d’un lieu spécialement dédié à cela, la croix du Martray. (cf fiche 210221)

 Extrait du registre des baptêmes de Hillion 1565


La contre-réforme et les Guerres de religion

La contre-réforme et les guerres de religion

Le protestantisme attire dès sa création de nombreux chrétiens. Pour endiguer cette vague, le Catholicisme va mettre en place une contre-réforme, même si ce mouvement ne se limitait pas à un processus de réaction et aspirait à des motivations spirituelles déjà présentes au XVème siècle.

Le renouveau spirituel touchera aussi les arts et ce n’est pas par hasard qu’on trouve de nombreuses statues de Saints en bois polychrome (nombreuses de cette époque dans l’église de Hillion) et la construction d’importants calvaires, même en Bretagne, où la religion protestante était peu développée. A Hillion, on peut même supposer qu’elle était inexistante.

Le calvaire de Bonabry, qui date de la fin de la première moitié du XVIe a été érigé sur ordre d’Adrien du Fay, seigneur du Bois en Meslin et Catherine Madeuc (décédés vers 1550) Ils possédaient le manoir de Lesmeleuc où ce calvaire était érigé à l’origine. (cf fiche 020304), (cf fiche 010212), (cf fiche 020206)

Croix de Bonabry 1540-1550   Croix de Bonabry (1540 -1550)


Les Guerres de la Ligue

Les guerres de la Ligue

De 1590 à 1598, une huitième guerre de religion secoue la France après le sacre d’Henri IV. Le parti catholique ne veut absolument pas d’un souverain protestant et la conversion du roi au catholicisme en 1593 atténue à peine les conflits.

Le duc de Mercœur, gouverneur et commandant des places fortes des ligueurs en Bretagne tient la tour de Cesson, avec de nombreux mercenaires espagnols.

Issu d'une grande famille, Philippe Emmanuel de Lorraine doit son ascension à Henri III qui a épousé sa sœur Marie de Luxembourg, descendante des Ducs de Bretagne et dont le père en fut gouverneur entre 1562 et 1568. Henri III le nomme gouverneur de Bretagne en 1582, à 24 ans, espérant compter sur un allié en Bretagne en ces temps de guerre civile.

Mercoeur est aussi un cousin des Guise, animateurs de la ligue catholique. L'assassinat du duc de Guise sur ordre d'Henri III en 1588, amène Mercoeur à s'engager du côté de la Sainte Ligue, faisant entrer la Bretagne dans la guerre civile. Mercoeur est révo-

qué en avril 1589, mais il continue à se considérer comme le gouverneur légitime. Il met en place une administration bretonne autonome, concurrente de l'administration royale. Il s'allie avec Philippe Il d'Espagne et obtient un soutien militaire de 7 000 hommes. Avec cette armée, il bat Henri IV en mai 1592 à Craon.

Philippe, Duc de Mercoeur  Duc de Mercoeur

Après la conversion d'Henri IV en 1593, Mercoeur se trouve isolé et finit par se soumettre en 1598, renonçant au gouvernement de la Bretagne en échange de 4 millions de livres et au mariage de sa fille avec César de Bourbon, duc de Vendôme, fils batard d'Henri IV qui devient à son tour gouverneur de Bretagne.

En 1598, après le démantèlement de la tour de Cesson et la dispersion des troupes de soldats de la Ligue, ces mercenaires écument la région en volant et pillant les paroisses avoisinantes. Nul doute qu’Hillion n’ait pas été épargné, mais aucun texte ne l’étaye.


Les Salines

Les Salines

En 1607, la duchesse de Mercœur (Marie de Luxembourg, veuve de Philippe de Lorraine) fait venir des paludiers du Poitou afin de construire des chaussées et des aires de mares à faire sel dans les Grèves d’Hillion.

Ces Salines sont afféagées par la Seigneurie de Lamballe. Elles sont exploitées jusqu’au milieu du XIXème siècle et laisseront ensuite place à des polders (voir ci-dessous). (cf fiche 050201)

  plan des salines de Hillion  Plan des salines 


La Caquinerie

La Caquinerie

Les épidémies sont fréquentes depuis le Moyen-Âge, mais les guerres de la Ligue laisseront une Bretagne exsangue, où la famine et la désolation seront partout présentes apportant les maladies, la peste, la dysenterie, la lèpre. De graves épidémies de peste auront lieu entre 1622 et 1639, sans qu’on sache si ces fléaux ont occasionné de nombreux décès sur la paroisse.

Au Moyen-Age, un établissement de « caquins », c'est-à-dire une colonie de lépreux, est attesté à Hillion au lieu-dit La Corderie (actuellement L’Isle)

Par la suite, des familles de cordiers ( peut-être descendants de caquins s’établissent dans cette métairie dépendante du régaire de la Cathédrale de Saint Brieuc, comme le montre l’aveu de 1690,

Scellés sur la caquinerie de Hillion  Deux premières pages de l'apposition de scellés à la caquinerie de Hillion

ce qui occasionnera un conflit avec le duché de Penthièvre en 1750 après la mort des derniers occupants, la famille Denis, dont il existe plusieurs générations de cordiers à cet endroit. (cf fiche 010416), (cf fiche 210211)

  décès de Jean Denis, cordier  Sépulture de Jean Denis, cordier 

Ceux-ci ne sont pas enterrés ni dans l’église, ni dans le cimetière paroissial, ni dans les chapelles où sont parfois inhumé les défunts. Ils sont ensevelis dans le cimetière de leurs ancêtres, c'est-à-dire, les lépreux.


Les siècles de Louis XIV et Louis XV

Au XVIIème et surtout au XVIIIème siècle, les documents écrits sont nombreux et l’abondance de contrats, procès en tout genre montre bien l’importance de la chose écrite dans une population aux trois quart illettrée. Une paroisse essentiellement rurale se doit d’acter sur les mouvances de propriété, les limites de champ et des droits de chacun dans un système encore féodal où la propriété est confisquée par une seule classe, mais qui s’ouvre grâce au système de domaine congéable à une meilleure productivité.

Le registres paroissiaux et le conseil de fabrique

Les premiers registres paroissiaux et le Conseil de fabrique

Depuis 1539, les recteurs se doivent d’y inscrire les naissances, les mariages et les décès. Ils renseignent sur la vie des habitants d’Hillion au XVIIème siècle. On connait leurs professions. Ainsi, s’il y a beaucoup de paysans, métayers, journaliers, quelques fermiers, on y trouve également des métiers de l’artisanat comme maréchal-ferrant, cordonnier, tisserand, fournier et plusieurs notaires, tant on a besoin de transcrire des actes pour une population presque analphabète. Ainsi Charles Campion, clerc, venu de Picardie s’installer en 1670 à Hillion et qui a fait souche…

 Acte de mariage daté de 1649

On trouve aussi quelques pêcheurs, surtout à Lermot, qui partent vendre leur poisson à Saint-Brieuc et traversent les filières au péril de leur vie parfois, comme l’attestent les nombreuses noyades au XVIIème siècle.

noyades à Hillion en 1660 Noyades à Hillion en 1660 

L’ancêtre du conseil municipal est le Conseil de fabrique (ou général) de la paroisse. A l’époque il n’y a pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat. Ce Conseil est constitué de 10 ou 12 hommes honorables de la paroisse, chargés de veiller aux intérêts de l’Eglise et à ceux de la paroisse en tant que territoire. A Hillion, les plus anciennes délibérations datent de 1704. On peut ainsi connaitre assez exactement les comptes et revenus de la paroisse au sol près. Elles indiquent également les procès intentés contre le Conseil (en 1721). (cf fiche 010408), (cf fiche 210224)


trois affaires judiciaires

Trois affaires judiciaires

Trois affaires judiciaires sont d’ailleurs emblématiques de cette époque : l’affaire Pépiot, l’affaire Le Hérissé, et la sinistre affaire Jean-François du Bouilly.

Jan Pépiot, coupable d’avoir avoir assassiné le Seigneur Des Hays, de Carsuga, avec l’aide de deux femmes, fut d’abord condamné à mort en 1702. L’intégralité des interrogatoires nous étant parvenue, ce document est essentiel pour comprendre la vie des paysans métayers à Hillion au début du XVIIIème siècle.

Il fut gracié à Rennes en appel, pour des raisons qui restent encore à découvrir, et est décédé en 1731 à 76 ans. (cf fiche 210204), (cf fiche 210212)

condamnation de Jan Pepiot    Condamnation de Jan Pepiot 

Procédure contre le recteur Fouesnel: l’affaire Le Hérissé / Fouesnel est moins dramatique, et concerne le recteur d’Hillion, Jacques Fouesnel, qui, après avoir hébergé le dit Le Hérissé, entreprit de le dépouiller et tenta de l’assassiner, lui, sa femme, et ses enfants, avec quelques acolytes, pour certains d’ailleurs membres du Conseil de Fabrique. Il semble qu’ils étaient fortement alcoolisés et assez violents, mais il n’y eut pas de blessé. Le Hérissé et sa famille réussirent à prendre la fuite et partirent se cacher au château des Marais. L’affaire se termina sans procès. (cf fiche 210205)

affaire Herisse Fouesnel Extrait du réquisitoire contre le recteur Fouesnel

L'affaire Optaire. En 1718, pour des raisons inconnues, tous les biens de François du Bouilly, marquis de Resnon avaient été saisis, les fermages de Bonabry et les métairies étaient mises en adjudication. Ce qui rendit furieux Jean-François du Bouilly, frère du marquis, qu’on appelait le comte d’Obtaire, et qui demeurait à Carbien. Il ne manqua pas de molester un archer de la Maréchaussée dans le bourg de Lamballe et quand il apprit que le commissaire aux saisies était dans une auberge du bourg d’Hillion pour procéder aux adjudications, il fit cerner l’auberge avec des acolytes armés et menaça le commissaire avec son pistolet. Avec un personnage déjà mentionné dans l’affaire Le Hérissé vue plus haut, René Hamon dit « la sonde », ils pourchassèrent le commissaire et un dragon du Roy qui l’accompagnait et les molestèrent et blessèrent assez gravement le dragon du Roy Jean Baptiste Bouquet.

Jean-François du Bouilly ne fut jamais inquiété réellement par la justice, et l’affaire se perdit dans les chicanes judiciaires. René Hamon fut, quant à lui, jeté en prison. (cf fiche 210219, fiche 210225, fiche 210226)

   Armoirie de Bouilly Turquand Obtaire


La digue de la Brulaire

La digue de la Brulaire

Dès la fin du XVIIIe siècle, les habitants riverains des grèves d’Hillion, Langueux et Yffiniac, voient l´intérêt de cultiver de riches terres alluviales en gagnant des parcelles sur le Domaine public maritime, qui était surtout exploitées par les sauniers, depuis près de deux cents ans.

En 1764, un conseiller du Parlement de Bretagne, Jean-Baptiste Lefebvre de la Brulaire, obtient du Roi la concession des grèves entre la pointe d´Hillion et la pointe de Cesson. Il prend à sa charge la construction d´une digue de 3500 m entre ces deux pointes,

Digue de la Brulaire Ruines de la digue de la Brulaire en 1785

l´aménagement de portes pour la retenue et l´écoulement des eaux, le dessèchement des terrains, ainsi gagnés (2000 ha) et l´entretien à perpétuité de cette digue. Il doit en outre payer une redevance au Roi : 3 sous par journal de terre. Les travaux furent commencés mais les paroisses avoisinantes : Hillion, Langueux, Yffiniac, protestèrent, soutenues par les Etats de Bretagne. (cf fiche 050505)


Les dernières grandes épidémies

Les dernières grandes épidémies

Le typhus sévit à partir de 1741, puis apparaissent la variole, la typhoïde, les fièvres éruptives, les dysenteries qui causent 159 décès à Hillion en 1741.

En 1779 une épidémie de dysenterie bacillaire provoque 45 000 décès en quelques semaines en Bretagne. A Hillion, il y a 126 décès cette année-là contre une moyenne de 45 sur tout le XVIIIème siècle La variole, coutumière aux marins d'Afrique, sévit à Nantes et dans toute la Bretagne ; elle est très meurtrière de 1774 à 1789.

acte décès épidémie 1779    Page du registre des décès du 7 septembre 1779


Hillion pendant la révolution

Les années 1792-1804 n’ont pas « révolutionné » Hillion. Certes, l’ancienne paroisse se transforme en commune, certaines pratiques de l’ancien régime sont dénoncées et la vie municipale se politise. Mais quasiment sans bruit ni violence, ces douze années semblent identiques aux douze précédentes et à celles qui suivront. Hillion ne se singularisera pas par son zèle révolutionnaire, ni par une chouannerie excessive. Pas d’enrichissement avec la vente des biens nationaux, pas de combats entre « bleus » et contre-révolutionnaires. Seule l’exécution de l’Abbé Meheust et l’attaque de la malle-poste émailleront cette période en termes de journalisme.

Vie sous la révolution

Hillion pendant la révolution

La paroisse d’Hillion compte 1835 habitants en 1789. Beaucoup sont « laboureurs ». Mais on trouve des menuisiers, tonneliers, maréchaux, couturiers, aubergistes, meuniers, tisserands etc… Les plans terriers datant de 1785, ancêtres des cadastres, nous apprennent beaucoup de choses sur les terres, l'habitat, les éléments naturels (fontaines, puits, doués, etc..) ainsi que sur les propriétaires de l'époque et de l'origine des biens parfois depuis 1492 (cf fiche 210201).

Plan terrier bourg Hillion 1785 Plan terrier bourg Hillion 1785 

La majeure partie de la population est illettrée. La mortalité infantile est importante : un enfant sur 5 décède dans sa première année.

La noblesse est composée de 10 seigneuries réparties entre quatre familles nobles : De Chapdelaine (château des Marais), De la Noue (château des Aubiers), De la Chasse (manoir des Vergers) et De Bouilly de Turcan à Bonabry, Lesmelleuc, La Ville Pépin, La Ville Pierre et Carbien, probablement la famille la plus importante et qui fera parler d’elle pendant les années suivantes.

En 1789, les paroissiens qui sont délégués du Tiers-Etat pour représenter la commune lors des Etats Généraux sont Marc Jaffrelot et Gilles Séradin. Leur mission est de défendre le droit de rouir le lin dans les rivières une pratique qui pouvait être révoquée). (cf fiche 210223)

signature des électeurs Signature des électeurs en 1789 

En 1790, l’assemblée constituante divise la Bretagne en 5 départements. Celui des Côtes du Nord est divisé en 9 districts, et chaque district en 9 cantons : Hillion fait partie de celui d’Yffiniac.

Les cinq départements de Bretagne Carte des cinq départements de Bretagne (selon Ogée, Archives Nationales) 

Les communes maritimes comme Hillion doivent particulièrement surveiller les côtes (cf fiche 210307). Le 26 octobre 1790, un embarquement d’émigrés est empêché par Julien Heurtel à Lermot. Parmi eux, un hillionais le débitant de tabac qui tient une cassette pleine d’argent.

Le Conseil municipal se réunit dans la sacristie et remplace en fait l’ancien Conseil de fabrique. Il doit percevoir les contributions, gérer les budgets et s’occuper de la voirie. La municipalité a également un pouvoir de police.

Le directoire du district se plaint fréquemment entre 1792 et 1794 de l’évolution des esprits favorables aux chouans. Des ordres sont donnés pour arrêter tel ou tel citoyen. La municipalité d’Hillion collabore peu, étant plutôt favorable aux royalistes.

La comtesse Bouilly de Turcan, à Bonabry, est suspectée d’influencer les gens simples, de même les demoiselles de la Noue. On les assigne donc à résidence loin d’Hillion (à Saint-Brieuc !)

En 1794, une souscription est organisée pour fournir un vaisseau de guerre à la République. Les communes du département ne sont pas très généreuses, à l’instar d’Hillion qui ne donne…rien !


L'abbé Méheust

L’abbé Méheust

En juillet 1790, l’Assemblée nationale vote la constitution civile du clergé. A Hillion, le recteur Julien Poret refuse de signer la constitution ce qui entraîne sa révocation. Tous les prêtres d’Hillion (dont l’abbé Pierre-Jean Méheust) refusent également de signer.

Les nouveaux prêtres sont appelés prêtres constitutionnels. Les prêtres réfractaires passent dans la clandestinité, prêchant et administrant les sacrements de manière cachée, ou émigrent (comme Julien Poret ou l'abbé Pierre Méheust).

L’abbé Pierre Jean Méheust, qui est revenu de Jersey en 1797, exerce son ministère en cachette. En février 1800, une colonne mobile le recherche et le découvre caché à la Ville Gourio en Morieux. L’abbé Méheust demande à être conduit à Hillion. Il est fusillé près de Bourboutel. Son enterrement est la première cérémonie en l’église d’Hillion rendue au culte.

Une croix évoque cet événement. Le calice de l’abbé fait partie du trésor de l’église. (cf fiche 020302), ( cf fiche 020809)

 

 

croix abbé Méheust Croix de l'abbé Méheust 


L'attaque de la malle-poste

L’attaque de la malle-poste

Le 2 novembre 1797, la malle-poste est pillée à l’arrêt de la Forge-Brûlon en Saint-René. Devant l’impossibilité de trouver les coupables, les citoyens les plus riches d’Hillion sont mis à contribution pour payer l’amende. Le maire fait opposition au jugement et l’affaire est classée. Il semblerait toutefois que la chouannerie était impliquée et que ce soit Duvicquet et ses hommes qui aient attaqué la diligence, emporté la correspondance et un précieux butin , renouvelant l’acte quatre ans plus tôt de Boishardy presque au même endroit. (cf fiche 210304)

malle poste 1793 Premier modèle de malle-poste - 1793 

Avec l’affaire de l’abbé Méheust et cet acte de banditisme, la période révolutionnaire s’achève à Hillion pour laisser place au XIXème siècle qui sera celui de profonds changements économiques.


L'Affaire Lalleton

Le dernier acte de la période révolutionnaire à Hillion se situe au début du règne de Napoléon, encore premier consul, et bientôt Empereur des Français.

Le coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), organisé par Emmanuel-Joseph Sieyès et exécuté par Napoléon Bonaparte, marque la fin du Directoire et de la Révolution française, et le début du Consulat.

Napoléon, premier consul veut rétablir la paix extérieure et intérieure, affermir l’Etat, encadrer la société et à ce titre créer un nouveau rapport avec les instances religieuses.

Le concordat ou régime concordataire, signé le 26 messidor an IX (15 juillet 1801)  par Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII, est le régime organisant les rapports entre les différentes religions et l’État dans toute la France à partir de 1801, jusqu'à ce qu'il soit abrogé de fait en décembre 1905 avec l'adoption de la séparation des Églises et de l'État

signature du ConcordatBonaparte signant le Concordat

Le concordat, en créant des relations officielles entre l’État français et la papauté, nécessite une réorganisation de la hiérarchie catholique en France. En effet, avec la Constitution civile du clergé de 1790, les ecclésiastiques français avaient dû prêter un serment de fidélité à la Constitution.

L’exigence formulée par le Premier Consul de composer un épiscopat à sa guise l’oblige à faire céder à la fois les évêques réfractaires en exil et les évêques constitutionnels encore en place

C’est dans ce cadre que se présente l’affaire Lalleton à Hillion en 1803.

Lors des nominations de recteur, cette année-là l’Evêque élimine le candidat de la Préfecture, l’abbé Lalleton qui avait été curé constitutionnel et maire à Plouguenast. Il lui préfère, ainsi que la population hillionnaise l’enfant du pays, Charles Chapelain.

Ce dernier sera finalement choisi, car le personnage Lalleton est assez sulfureux, connu comme dénonciateur de chouans dans sa commune, et accusé « d’être un génie dominateur et turbulent ». (Fiche 210322)


Le XIXe

Hillion au XIXème siècle est un copier-coller très fidèle de « la France au XIXème siècle », signe que la commune est entrée dans l’ère moderne. Les communications sont plus rapides, les progrès techniques atteignent toutes les régions, et l’éducation et la santé font leur entrée dans les mœurs de l’époque. Les changements politiques municipaux sont décalqués sur les changements nationaux et les régimes successifs, Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, 1ère république, Second Empire, 2ème république vont tous avoir un impact sur la vie politique de la commune./p>

La place de Kersaint dans les années 1830

La place de Kersaint dans les années 1830

De 1826 à 1847, Marie Anne Le Loutre, qui avait obtenu d’être directrice des Postes à Saint-Brieuc et qui avait été le relais des Chouans pendant la Révolution s’installe à Kersaint. Elle est très proche des frères Lamennais qui instaurent de nombreuses écoles en Bretagne. Elle fit du manoir, à cette époque un salon littéraire et politique qui vit de nombreux visiteurs illustres dont peut-être Frantz Liszt (cf fiche 060138), et plus certainement l'abbé Le Voyer, le futur Cardinal de Perpignan, Philippe Gerbet et Charles de Montalembert.

Kersaint Kersaint- Maison de Marie-Anne Le Loutre 

 


Les changements politiques au XIXe siècle

Les changements politiques au XIXème siècle

La municipalité de Hillion sera chamboulée à chaque bouleversement politique. En 1830, Louis Le Corgne de Launay, considéré comme carliste (fidèle aux royalistes légitimistes) sera remplacé à la mairie par Jean Botrel. La violence politique entre ces factions est difficile à imaginer aujourd’hui, mais Pierre Jaffrelot nommé adjoint devra envoyer une lettre au préfet du département pour le convaincre de son attachement au nouveau régime de Louis-Philippe. (fiche 210314)

Jean Botrel (cf fiche 210315), suite à une pétition des conseillers municipaux en 1839, sera remplacé par ce même Pierre Jaffrelot, qui cédera sa place en 1848, lors de la mise en place de la seconde république de nouveau à Jean Botrel Mais en 1852, c’est Pierre Delanoë qui deviendra maire pendant le second Empire, et cela jusqu’à la chute de celui-ci en 1871.

demande CM destitution du maire 1839Demande de destitution du maire par le Conseil Municipal en 1839 

demande CM destitution maireDemande de destitution du maire par le Conseil Municipal en 1839 (suite) 


L'éducation au XIXe siècle

L’éducation au XIXème siècle

En 1833 la loi Guizot propose une organisation de l’instruction primaire et son contrôle.

Elle distingue l'instruction primaire élémentaire qui « comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures », et l'instruction primaire supérieure qui comprend « des éléments de mathématiques, de sciences de la nature, d'histoire et de géographie ». Les notions plus avancées sont étudiées « selon les besoins et les ressources des localités ».

C’est une première guerre scolaire en France. Les catholiques rejettent l’idée d’instruction publique, la gauche « voltairienne » celle d’enseignement confessionnel.

A Hillion, on a construit, dès 1832, malgré l’avis défavorable du clergé, une école primaire confessionnelle à la maison dite aujourd’hui « Judicaël » ainsi nommée en souvenir du dernier frère de la communauté Honoré Nadreau qui y fit l'école jusqu'en 1873. Le premier frère nommé fut Frère Elisée, Jean Dupas, décédé à Hillion en 1851 dont il nous reste une abondante correspondance avec Jean Marie de Lamennais (fiche 210313).

maison Judicaël Maison Judicaël 

Mais cette école ne concerne que les garçons. Le caractère confessionnel n’échappe à personne, puisque ce sont les frères de Lamennais de Ploërmel qui s’occupent de l’éducation.

Il faut attendre 1847 pour la création d’une école de filles tenue par les sœurs du Saint Esprit de Saint-Brieuc.

Cet enseignement permet toutefois à toute une classe d’âge d’apprendre à lire et écrire. En 1870, on ne trouve plus aucun illettré sur la commune.

Pour l’école publique, il faut attendre.

En 1857, les esprits ont légèrement évolué et une école confessionnelle neuve est construite sur un terrain où se trouve désormais l’école publique actuelle. Car les lois scolaires de 1881 qui décrètent l’instruction publique obligatoire vont faire laïciser ce bâtiment, contre l’avis du conseil municipal et du Maire, Henri du Fou de Kerdaniel.

La guerre scolaire n’est pas finie, car d’autres bisbilles sont utilisées pour empêcher de construire une école publique de filles.

(cf fiche 010405), (cf fiche 010422),(cf fiche 010413), (cf fiche 010407), ( cf fiche 010411), (cf fiche 010412), (cf fiche 010420), (cf fiche 010419) , (cf fiche 010417),qui concernent toutes l’histoire de l’éducation sur Hillion)

Communauté religieuse Communauté religieuse des filles du Saint Esprit 

A Saint-René de 1820 à 1850, c'était un aveugle Jean Urvoy qui faisait la classe " en plein air". Il enseignait surtout le catéchisme, près de la croix de Saint René. (cf fiche 010402), (cf fiche 020308)

croix de saint René Croix de Saint René 

Les habitants de Saint René réclamaient à cor et à cris une école. En 1870 le Conseil municipal vote une subvention de 4000 francs. Mr du Clézieux fait don du terrain. L’école des Sœurs à St René date de 1875, près de l'église.

Le Recteur explique le choix de l'emplacement alors qu'au départ l'école devait être de l'autre côté de la route. "Les sœurs auraient à traverser, plusieurs fois par jour, une route très fréquentée ; et puis, elles auraient à passer, plusieurs fois par jour, devant deux auberges et seraient ainsi exposées fréquemment aux quolibets et railleries des ivrognes, des débauchés, et souvent des impies"

L’école sera laïcisée en 1897 et une autre école confessionnelle verra le jour


La vaccination

La vaccination

Depuis 1820, on tente de vacciner contre la variole de façon étendue sur le territoire.

En 1843, 1858 et 1880, plusieurs projets de loi ayant en vue une obligation vaccinale échouent. Toutefois, l'obligation est imposée à différentes catégories de la population : les enfants placés en nourrice et leur gardienne en 1874, les conscrits en 1876, les écoliers en 1882, les lycéens et collégiens en 1883, les étudiants en médecine et pharmacie en 1891.

A Hillion, les campagnes de vaccination commencent en 1849 et suivantes, avec tous les enfants de moins de 5 ans.(cf fiche 210305)

vaccinations à Hillion en 1849 Registre des vaccinations 1849

Ce sont les religieuses qui vaccinent les enfants. A partir de 1880, seuls des médecins diplômés peuvent le faire.


Les Polders

Les Polders

Dès 1785, les salines ont pratiquement laissé leurs places à des polders. Le principal est celui de Pissoison. De nouvelles digues vont se construire, et isoler des terres jusque là envahies par la mer.

Au XIXème siècle, le maraichage, déjà célèbre sur les communes de Langueux et d'Yffiniac, trouve ainsi un débouché naturel avec ces nouvelles terres gagnées sur la mer.

En 1823, Jean Guillaume Botrel (qui deviendra maire en 1848), propriétaire d’une portion des Marais d’Hillion , élève une chaussée de 400 mètres de long sur 2,40 mètres de large ayant un mètre au sommet et 6,50 mètres à la base. Derrière, il y cultivera de l’orge et du froment avec des rendements particulièrement abondants dans les terrains ainsi poldérisés.

Au début, cette poldérisation comprend surtout des prés. Plus au sud, au niveau de Sous le Gué et des Champs Durand, le polder n'est qu'embryonnaire. Une dizaine de journaux sont mis en culture autour d'une maison appelée "le Morais". C'est un véritable ilôt dans le marais maritime, entre les chenaux du caler (l'ancien Camoy). Le reste est inscrit soit comme "marais herbu que la mer couvre en pleine lune", soit comme "section qu'il n'est guère possible d'enclore, la mer monte trop". Une partie sert aussi à tirer le "sable" nécessaire aux salines. Une grande part du marais est afféagée entre quatre personnes.

polders de Pissoison Polders de Pissoison 

 

(cf fiche 050202), (cffiche 060101), (cffiche 050501), (cf fiche 050502), (cf fiche 130102)


L'exode rural

L’exode rural

A partir de 1846, la Bretagne sera victime d’un exode rural plus ou moins important selon les communes. Hillion n’échappera toutefois pas à cette tendance. Il y a 2873 habitants en 1846 et il n’en reste plus que 1950 au début du XXème siècle.

Comme dans d’autres régions, l’industrialisation appelle des hommes, et la bourgeoisie qui détient ces usines emploie de nouveaux domestiques pour les servir.

Paris deviendra une terre d’accueil pour ces bretons à l’instar de Renée Briend née à Hillion, qui sera l’épouse du Père Tanguy, le marchand de couleurs et collectionneur de tableaux qui fit connaitre, entre autres, Van Gogh. (cf fiche 070107)

Renée Briend Portrait de Renée Briend, femme du père Tanguy, peint par Van Gogh

Certains jeunes hillionnais partiront entre 1850 et 1860 en Patagonie afin d’y récolter le guano. Ceux qui revenaient au bout de deux ou trois ans passés dans ces régions d’Argentine et du Chili s’y faisaient un petit pécule. D’autres ne reviendront pas. (cf fiche 210310).. C'est le cas du jeune Pierre Andrieux, inscrit maritime à Saint Brieuc, embarqué sur "La Champenoise", disparu en mer en rade de l'ile Nova, à l'âge de 18 ans.

décès de Pierre Andrieux Décès de Pierre Andrieux en 1856 


Saint-René

Saint René

Ce hameau de la commune n'a que 80 habitants en 1789.

Avec le développement de la route Paris-Brest et l'amélioration des routes au XIXème siècle, le village va grandir et se développer au point d'y forger une nouvelle identité, bien que celle-ci était bien affirmée depuis longtemps, témoin cet attachement à leur chapelle (voir fiche sur les spéultures dans les différents lieux de Hillion).

La chapelle de Saint René est petite, et les paroissiens qui habitent dans le quartier souhaiteraient l'érection d'une église à la place de cette chapelle dédiée à Saint Ronan, en raison de la présence de ce moine dans un ermitage au VIe siècle.

En 1867, le Conseil municipal ne donne pas suite à une pétition des habitants de St René au Préfet pour cette demande. Les prétextes invoqués sont jugés inexacts. La mairie rappelle qu'il y a une messe tous les dimanches à Saint René, que les enterrements se font encore dans leur cimetière (autour de la chapelle) alors qu'en 1842, un grand cimetière a été construit route de l'Hôtellerie au bourg d’Hillion, mais que les habitants de Saint René refusent d'y être enterrés. (cfiche 010423), (fiche (010424)

Délibération Conseil Municipal 1867 Refus du Conseil Municipal de construire une église à Saint René -1867 

C'est pourtant dans cette même année 1867 que l'évêque de saint Brieuc, Mgr David, très favorable à l'érection de cette paroisse, accède à la demande des habitants de Saint René, et cela à partir de novembre 1867. Il faut cependant attendre 1870 pour que le gouvernement entérine cet état de fait que les habitants puissent faire paroisse à part, et construire une nouvelle église, toujours dédiée à Saint Ronan. (cf fiche 020102), (cffiche 210306)

Les habitants de Saint René ne veulent pas en rester là. Après la scission de la paroisse, ils tentent de séparer leur quartier de la commune d'Hillion pour créer une nouvelle commune, en 1892. Une autre pétition "douteuse quant aux signatures et moyens employés pour cela" ne fonctionne pas cette fois. Henri Du Fou de Kerdaniel et la municipalité refusent cette séparation. Elle est parfois encore dans les esprits... (cf fiche 210308), (cf fiche 010425)

Eglise Saint Ronan  Eglise Saint Ronan 

Le conseil général des côtes du nord malgré l'enquête effectuée par Julien Saintilan, maire d'Yffiniac,et l'avis favorable du Conseil d'arrondissement à cette scission donne un avis défavorable. Le ministre de l'intérieur conclut cette affaire en n'acceptant pas la création d'une commune nouvelle ("la distraction de la commune de Hillion de la section de Saint-René").

lettre Préfet concernant séparation de Saint René  Lettre du Préfet refusant la séparation de Saint René (1892)


La guerre de 1870

La Guerre de 1870

Suite à la défaite de Napoléon III en septembre 1870, un gouvernement républicain tente de repousser la progression de l'armée prussienne. C'est dans ce contexte qu'est mis en place à Conlie, près du Mans, une "Armée de Bretagne" à l'initiative du général de Keriatry. Cette armée souffre des intempéries, le terrain où les volontaires sont casernés est transformé en gadoue, et du désordre général occasionné à la fois par l'équipement militaire obsolète (récupération de fusils de la guerre de succession américaine) et le peu de confiance que font Gambetta et Freycinet aux Bretons.

camp de Conlie Camp de Conlie 

soldats armée de Bretagne 1870 Soldats de l'armée de Bretagne en 1870 

La variole va s'installer et 143 soldats bretons (dont trois Hillonnais) en mourront. ( cf fiche 210311)

décès jean-Marie Briens 1870  Décès Jean-Marie Briens 1870 

 


Henri du Fou de Kerdaniel

Henri du Fou de Kerdaniel

Le père de son beau-père avait été maire d'Hillion de 1815 à 1830 : Jean Baptiste Le Corgne de Bonabry (1786-1843), chevalier, conseiller d'arrondissement et député légitimiste à l'Assemblée nationale. A l’époque de la souscription nationale pour offrir le château de Chambord au duc de Bordeaux (1821), il avait pu faire voter une somme de 60 francs à la commune d’Hillion pour cette action « légitimiste » (cf fiche 210301), (cf fiche 210302)

Henri Du Fou de Kerdaniel   Henri Du Fou de Kerdaniel père (1833-1910)

Henri du Fou est nommé maire en 1871. Il est le dernier maire "nommé". Par la suite il est élu à toutes les élections jusqu'en 1910 où son fils Henry Joseph du Fou (1865-1939) lui succède. Il est royaliste, représentant titré du Comte de Chambord dans le département. Il aura à cœur de préserver les intérêts de l'église et des possédants, tout en étant très proche des petites gens.

Mais son catholicisme militant le conduit à lutter contre les lois de l'éducation de Jules Ferry en 1881, puis de façon virulente contre les lois de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, nommées "lois scélérates".

L'aspect royaliste apparait dans les délibérations du Conseil municipal : chaque année à partir de 1880, la fête nationale du 14 juillet doit être célébrée dans chaque commune, mais il répond au préfet régulièrement « qu'il n'y a pas d'argent pour ce type de célébration, et que de toute façon, il n'y a jamais eu, quelles que soient les tendances de gouvernement, de ce genre de festivités dans la commune ».

  Henri du Fou 1865-1939  Henri du Fou de Kerdaniel fils (1865-1939)